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Franck Riester, le reconstructeur

07/01/2019 - par Amaury de Rochegonde

À 45 ans, le nouveau ministre de la Culture aborde 2019 avec un sens aigu du combat politique. Il entend intervenir pour faire de l’audiovisuel public « la référence en Europe » et combattre les manipulations de l’information.

Il est là où l’on ne l’attend pas, ce 2 décembre, au lendemain des saccages qui ont endommagé l’Arc de Triomphe. Après le président Macron, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'État Laurent Nunez, Franck Riester est venu constater les dégâts avant d’annoncer une aide pour la restauration du monument. Sans doute, le ministre de la Culture est-il concerné par cette Marianne au visage éclaté… Mais bien plus qu’une atteinte à une œuvre du patrimoine national, c’est le symbole même de la République attaquée que l’ancien député-maire de Coulommiers voit dans ce bas-relief en partie détruit. Politiquement incontournable d’être présent ce dimanche matin…

Un pur produit de la politique

Franck Riester ne vient pas de la Société civile, comme Françoise Nyssen, qui l'a précédé rue de Valois. C’est un pur produit de la politique : conseiller municipal à 21 ans, député UMP à 33, maire à 34, directeur de campagne à 35, chef de parti (Agir-La droite constructive) à 43 ans… C’est aussi un homme qui a prouvé qu’il n’avait pas froid aux yeux comme lorsqu’il a réalisé son coming out en pleine campagne municipale ou quand il s’est désolidarisé de son camp à l’occasion du Mariage pour tous, ou pour soutenir Macron. Surtout, c’est un grand professionnel de la communication comme il l’a prouvé en mettant assez vite d’accord Canal+ et le cinéma en vue de la réforme de la chronologie des médias. « C’est l’un des meilleurs connaisseurs de l’audiovisuel, voire le meilleur », dit de lui Olivier Schrameck, le président du CSA. « Loin d’être cantonné à une spécialité, il s’interroge beaucoup, réfléchit, observe l’évolution de notre société. Il est ouvert, travailleur, empathique et profondément libéral au sens anglosaxon. Si je devais citer un homme politique le plus éloigné de tout sectarisme, il en ferait partie. »

Cette ouverture d’esprit est perceptible ce 13 décembre lorsqu’il répond aux questions de Stratégies. À la question de savoir s’il comprend les Gilets jaunes, lui, l’élu de terrain qui a hérité de plusieurs concessions Peugeot et roulait en diesel, il répond « pression fiscale », « chômage endémique », « pouvoir d’achat pour les bas salaires »« On peut comprendre que les gens soient très impatients », lâche-t-il. Avant de développer l’argumentaire du gouvernement.

Toutefois, c’est bien sur ses sujets de prédilection que Franck Riester est attendu. La nouvelle loi sur la communication arrivera « fin 2019 ou en 2020 ». Il se dit guidé par quelques idées fortes, loin de tout dogmatisme. La fin de la publicité sur Radio France ? « Je suis pour la clarté. À audiovisuel public financement public », répond-t-il. À propos des secteurs interdits de publicité TV, il souhaite « que les acteurs historiques ne se retrouvent pas avec des handicaps dans la course par rapport aux nouveaux entrants », même si, précise-t-il, il faut réfléchir sur le cinéma et la grande distribution. « Sans casser les modèles et sans se priver de ressources spécifiques, il faut essayer d’alléger les contraintes qui pèsent sur les opérateurs et les renforcer pour les Gafam », résume-t-il.

D’où sa volonté d’appuyer le principe de la répartition de la valeur avec les géants du net en faveur des créateurs : « Dès sa prise de fonctions, il s’est mobilisé sur l’enjeu crucial que constitue la directive sur le droit d’auteurs en discussion dans les enceintes européennes, avec une parole forte et une ligne claire », note Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, qui rappelle qu’il fut de la mission qui préconisait en 2011 l’idée d’un Centre national de la musique qui n’a pu voir le jour jusqu’à présent, faute de financements.

Défenseur de la création 

Élu député en 2007, Franck Riester comprend très tôt que son intérêt pour des sujets jusqu’alors peu suivis à l’Assemblée le mettrait en connexion avec de grands acteurs médias. Dès 2008, il intègre la Commission Copé pour la nouvelle télé publique, est le premier maire à faire passer sa ville à la télé en tout numérique et devient le rapporteur de la loi Hadopi dite « Création et Internet ». Il fréquente le Festival d’Avignon et les milieux culturels qui lui font espérer dès 2017 un portefeuille. « Il connait bien les dossiers, souligne Pascal Rogard, directeur général de la SACD [Société des auteurs et compositeurs dramatiques], il a toujours défendu la création contre la piraterie et par la régulation » 

Il a pris aussi position, alors qu’il était dans l’opposition, pour réunir en un groupe unique toutes les sociétés audiovisuelles publiques. Mais qu’en pense celui en qui Olivier Schrameck décèle un « intérêt particulier pour le service public tant il est préoccupé par la perte de cohésion nationale » ? « Il faut définir une vraie stratégie ambitieuse pour faire de l’audiovisuel public la référence en Europe. On a besoin d’adapter les organisations pour permettre aux sociétés de répondre aux usages, c’est ce qu’ont fait toutes les sociétés privées », répond-il, en promettant discussion et concertation sur la gouvernance. Pour l’info, le ministre cite l’exemple de Brut qui pourrait inspirer France Télévisions [qui en est partenaire] : « En ces temps de fake news, de désinformation et de manipulation des Français, on a besoin d’un audiovisuel public à la pointe de l’information continue sur internet ».

Il est aussi attendu pour étendre aux plateformes et aux réseaux sociaux le pouvoir de régulation du CSA afin de combattre les manipulations de l’information. Sur ce dossier, pas sûr que le chef de l'État laisse les coudées franches à un ministre que l’on sait choisi par Édouard Philippe – ils se connaissent depuis 2012 - et qui a déjà dû renoncer à nommer comme directeur de cabinet Olivier Henrard, ancien conseiller culture de Nicolas Sarkozy, à la demande de l'Élysée. « Mais c’est bien d'avoir une responsable politique qui connaît bien les élus locaux », tempère Pascal Rogard. Selon lui, les défis qui s'annoncent autour des obligations d'investissement des plateformes, de l'exception culturelle, des intermittents du spectacle ou pour défendre la redevance adossée à la taxe d'habitation nécessiteront d'avoir une fine lame du combat politique. 

Parcours :

3 janvier 1974. Naissance à Paris.

1995-2001. Conseiller municipal.

1998-1999. Consultant Arthur Andersen, après un diplôme à l'ISG et un mastère à l'Essec.

2000. Directeur Riester SA (concessions Peugeot).

2007. Député UMP de Seine-et-Marne.

2008. Élu maire de Coulommiers.

2012 et 2017. Réélu député.

2014. Réélu maire.

Octobre 2018. Ministre de la Culture.

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