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Radio

Laure Adler, ardente

10/02/2020 - par Caroline Bonacossa

Médiatrice hors pair entre les créateurs et les auditeurs, elle a fait de « L'heure bleue » un carrefour d'audience et un rendez-vous précieux de France Inter. Rencontre avec une femme de culture, combative et à fleur de peau.

Laure Adler ne court après un portrait d’elle. L'affaire de sa vie, c'est de mettre en valeur les autres. Avec des questions ciselées. Tout en rigueur et finesse. Depuis la rentrée 2016, dans « L’heure bleue », sur France Inter, elle interroge et dévoile des artistes et des intellectuels, de feus Françoise Héritier à Christian Boltanski. C'est la meilleure audience radio de 20 h à 21 h mais elle n'en pipe mot dans ce café du 14e arrondissement. Silhouette fluette emmitouflée dans sa parka kaki, elle répond avec générosité à notre curiosité pendant deux heures. Et raconte avec l'acuité d'une âme hypersensible ses enthousiasmes et ses luttes. Jamais amère. Toujours battante.

Cape rouge et jupe courte

Son parcours commence sous la tutelle de l'historienne des femmes Michelle Perrot. Elle devient journaliste et biographe, avec un tropisme pour les sacrées bonnes femmes, depuis les prostituées des maisons closes, au XIXe siècle, jusqu'à Charlotte Perriand, en passant par Françoise Giroud et Hannah Arendt. François Mitterrand la choisit comme conseillière culturelle à l’Elysée (1989-1993). « Le premier jour, je suis arrivée en cape rouge, bottes et jupe assez courte. La cellule de communication de l’Elysée m’a dit “vous n’allez pas vous habiller tous les jours comme cela” s’amuse cette ex-soixante-huitarde, mère à 17 ans. J’étais la petite souris du président, son agent secret dans les allées du pouvoir. Je l’informais de ce qui se préparait pour qu'il puisse agir à temps. Au début, je ne comprenais rien aux réunions interministérielles. Mais j’ai appris la langue des technocrates, en prenant des cours du soir et ils m'ont prise sous leur aile. »

Après les ors de l’Elysée, les feux de la télé. Responsable des programmes culturels de France 2 et France 3, elle crée puis anime Le Cercle de minuit (1992-1997), où artistes et intellectuels se rencontrent. « Comme avec Nicolas Demorand, quand on parle de ce qui nous a donné envie de faire notre métier, on pense systématiquement au Cercle de Minuit » avoue le journaliste Ali Baddou. Elle lance Les Brûlures de l’histoire (1993-1998) avant d’en être écartée par Patrick Rotman. Petite trahison entre amis. « J’aime beaucoup la télé. Mais on m’en a viré parce que je n’avais plus l’âge. Avant que Jean-Pierre Cottet [directeur général de France 2] ne me l’annonce, j’avais pris un Lexomil et une rasade de whisky ». Car Laure Adler connait ses faiblesses. « Mon compagnon et mes enfants se moquent de moi parce que je suis très angoissée et polarde ». Alors elle bosse comme quatre, pour s’apaiser. Et rend hommage à ses soutiens, comme Jane Birkin, son amie « à la vie, à la mort » venue faire l’ultime concert du Cercle de Minuit. Car celle qui a passé son enfance en Afrique, baladée au gré des nominations de son père, ingénieur agronome, cultive l’amitié, la fidélité, la loyauté.

Bureau des pleurs

Son expérience la plus violente demeure la direction de France Culture (1999-2005), trente ans après y avoir été secrétaire. Elle prend sa part : « J’ai fait des réformes trop vite et trop radicales », remerciant les producteurs septuagénaires. « Elle a eu l’audace de profondément bousculer les habitudes qui avaient enkysté la station. Elle a posé les bases de ce que l’antenne est devenue. Impossible ne fait pas partie de son vocabulaire » souligne Ali Baddou. Même le jeune Nicolas Demorand avec quelques contestataires la séquestrent dans son bureau : « On discutera jusqu’à ce que vous changiez d’avis » tonnait-il. « Ils me connaissaient mal. Mais j’ai admiré son intelligence stratégique pendant cet entretien musclé. Quelques semaines plus tard, je lui ai confié une émission extrêmement difficile et il a brillé ». Elle propulse aussi deux autres agrégés, Ali Baddou et Raphaël Enthoven, et fait grimper l'audience. Pour tenir, elle a le soutien de sa garde rapprochée, dont Laurence Bloch, devenue patronne de France Inter, qui souligne : « Laure, c’est une personnalité de feu au charisme exceptionnel ». « C’était un climat de violence quotidienne avec des appels à la violence, des tracts déposés partout dans Radio France, se souvient Laure Adler. J’ai même échappé à une tentative de viol sur le parking de Radio France. Mes détracteurs voulaient que je parte mais je ne voulais pas être dans leur agenda. Mon obsession, c’était que mes enfants ne me voient pas pleurer. Ma voiture est donc devenue mon bureau des pleurs. » En partant, avec l’aval du président de Radio France, elle a porté plainte pour injures. « Il fallait que cette affaire soit jugée et réglée, ne serait-ce que pour mes successeuses ». Pour transmettre, toujours et encore.

Parcours 

1974. Productrice à France Culture. Cocrée Les Nuits magnétiques avec Alain Veinstein.

1981-1987. Participe souvent à Droit de réponse de Michel Polac.

1989-1993. Conseillère culturelle de François Mitterrand à l'Élysée.

1999-2005. Directrice de France Culture.

Depuis 2016. Anime L'heure bleue sur France Inter.

2020. Prépare un documentaire sur Wallès Kotra, ancien patron de France Ô.

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