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Radio

Sibyle Veil, à l'écoute

23/10/2018 - par Caroline Bonacossa

La PDG de Radio France, Sibyle Veil, va devoir piloter la mutation structurelle de l'entreprise vers le tout numérique sur fond d'économies. Pas de quoi effrayer cette « serviteure » d'État qui se nourrit de défis.

Tout est saillant chez elle. À commencer par son allure, silhouette et brushing impeccables et d’un chic suranné. Elle ose la jupe plissée vert émeraude avec escarpins rouges pour sa première conférence de rentrée de Radio France. Le tailleur-pantalon vermillon pour le lancement de la grande réforme de l'audiovisuel public. À chaque fois, on ne voit plus qu'elle. Et pourquoi cette énarque - qui a choisi un immaculé costume pour fêter ses 41 ans, jour où nous la rencontrons - devrait-elle faire profil bas ? La réponse se trouve en partie dans son bureau de Radio France dont les lambris de palissandre précieux ont coûté cher à son prédécesseur Mathieu Gallet. Un portrait de Simone Veil, la grand-mère de son mari, veille sur elle. « Nos discussions m’ont beaucoup nourrie. Je l’ai connue lorsque j’avais 25 ans. Elle a toujours essayé de garder, en toutes circonstances, une élégance humaine incarnée jusque dans son style vestimentaire. Et elle a su s'imposer dans un univers très masculin. Je pense, comme elle, qu'il ne faut pas sacrifier sa féminité et que cela n’empêche en rien de faire avancer les choses auxquelles on croit ». Et l'on comprend à quel point le parcours, les convictions, la tenacité et le sens de la famille de l'illustre panthéonisée, la guide, au quotidien.

Style impeccable

Elle est née sur « l’aride plateau de Langres », comme elle aime à le répéter. Son père était chef d’entreprise dans le BTP et sa mère, psychologue. Elle lui doit un sens de l'écoute que son entourage salue. « Je cherche toujours à comprendre le moteur des individus » reconnaît-elle. Elle a trouvé le sien non pas en écoutant la radio mais en regardant la télé chez ses grands-parents. « J'y ai entendu par hasard parler de l'ENA et je me suis dit que c'était exactement ce que je voulais faire. Me mettre au service de l’État et de mon pays. » Dans sa bouche, on entend la fierté et l'exigence que cela implique. Déterminée, elle débarque en 1995 à Paris dans un foyer de jeunes filles, intègre Science Po puis l'ENA. Elle en sort huitième et choisit le Conseil d'État, comme son futur mari, Sébastien Veil, déjà normalien et sorti onzième. Son parcours est à l'image de son allure : impeccable. Elle se frotte à l'exécutif, d'abord avec Emmanuelle Mignon qui travaille auprès de Nicolas Sarkozy en pleine campagne présidentielle. Elle rejoint l'Élysée au sein de l'équipe de Raymond Soubie, chargée des questions sociales. Il ne tarit pas d'éloges sur elle. « Elle garde toujours une extrême maîtrise d’elle-même. Elle a une très grande conscience professionnelle. Quand on lui confie un dossier, elle y apporte toujours la meilleure solution. C’est quelqu’un à qui l’on peut faire confiance ». Elle reconnaît y avoir appris « l'importance de la communication. C'est 50 % de l'action ». Elle en veut plus, d'action, justement. Elle postule à la direction générale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Sur le terrain, elle se frotte aux réalités d'un monde en pleine mutation.

Sens social

Puis Mathieu Gallet l'appelle à la rescousse après la plus grande grève de l'histoire de Radio France et l'enlisement du chantier de rénovation de la Maison Ronde. « Sur le papier, elle est tout ce que je n’aime pas, s’amuse Frédéric Schlesinger, ex-numéro 2 de Radio France : énarque et ancienne de l’équipe de Nicolas Sarkozy. Mais en travaillant avec elle, j’ai découvert une femme modeste, dotée d’un sens social et d’une excellente qualité d’écoute. Sympa, accessible et très intelligente ». Gaspard Gantzer, son ex-condisciple à l’ENA et ex-conseiller en communication de François Hollande assure qu’il faut se méfier de sa tranquillité apparente : elle cache une détermination et un caractère peu commun. Gallet remercié, elle tente sa chance. Avoir été une condisciple de Macron dans la fameuse promotion Senghor a-t-il été un atout ? « Pas du tout. Depuis son élection, nous ne nous sommes vus que dans des circonstances officielles. Et lorsque j’ai postulé, ce point a été instrumentalisé par les autres candidats au nom d’une supposée perte d’indépendance de Radio France si j’y accédais. » Les membres du CSA ont apprécié son projet, sa connaissance de la Maison Ronde et son allant.

Complémentarité

Ça tombe bien car l’audiovisuel public ne manque pas de grands chantiers, à commencer par le virage 100 % numérique, bien amorcée par son prédécesseur. Reste l'évolution des métiers à gérer sur fond de restrictions budgétaires (20 millions d'euros d'économies d'ici à 2022 pour un budget actuel de 596 millions d'euros). Et le rapprochement avec France Télévisions dans la perspective d'une éventuelle gouvernance commune à l'audiovisuel public. Elle veut voir dans ce scénario une chance : « C’est indispensable de voir émerger des acteurs forts français et européens. La place du son et de la radio y est légitime. Unir nos forces va nous permettre de faire de belles choses ensemble dans la complémentarité ». De quoi ravir cette mère de trois enfants qui soutient : « j'avance quand on me donne des défis et de la liberté ». Veilien.

Parcours

1977. Naissance à Langres (Haute-Marne)

2001. IEP Paris et DEA de politiques européennes

2004. ENA promotion Leopold Sédar Senghor

2006. Épouse Sébastien Veil.

2007. Conseillère technique à l'Élysée

2011. Directrice générale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP)

2015. Directrice déléguée en charge des opérations et des finances de Radio France

2018. PDG de Radio France

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