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Cinéma

Le problème du cinéma est qu'il y a toujours des gens qui se plaignent. Déjà, dans des articles de presse en 1920, les gens se plaignaient ! », lâche avec malice Pascal Rogard, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Mais, au vu de la fréquentation des salles de cinéma en 2006, l'heure n'est plus à la complainte. « Aujourd'hui, la situation économique du cinéma en France est très bonne, constate Pascal Rogard. La conjoncture actuelle est identique à celle que nous avons connue dans les années 1982-1983, et plus loin dans les années 1970. Elle conjugue deux éléments positifs : une fréquentation en salles élevée et une part de marché du film français à ses niveaux historiques. » Selon les estimations du Centre national de la cinématographie (CNC), les salles obscures ont accueilli 188,45 millions de spectateurs en 2006 et la part de marché des films français est de 45 %. Une bonne fortune dont a également témoigné la forte affluence (50 000 visiteurs) enregistrée dans les allées du premier Salon du cinéma, du 12 au 14 janvier 2007.

La raison de cette bonne santé ? Des films dragueurs de spectateurs, principalement des comédies et quelques thrillers bien ficelés. « Cela a toujours fonctionné ainsi. Lorsque le cinéma français avait des parts de marché de l'ordre de 50 %, les comédies faisaient le plein d'entrées », souligne le président de la SACD. Parmi les locomotives françaises de l'année : Les Bronzés 3, Camping ou encore Je vous trouve très beau (lire le tableau). Le spectateur, français en l'occurrence, mais cela ne relève guère de notre chère exception culturelle, aime se divertir. À l'instar de la télévision et de ses programmes fédérateurs qui fonctionnent (séries, fictions et autres émissions de plateau), le cinéma est un divertissement qui, pour trouver son public se doit de coller au mieux à ses attentes. Pour Michel Gomez, délégué général de la Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs, l'ARP, « le cinéma s'industrialise, la création originale semble plus risquée et plus difficile à monter. On voit se créer plusieurs économies du cinéma avec des films construits pour le marché et des films qui sont davantage l'expression personnelle de réalisateurs. Ce sont ceux-là qui ont le plus de mal à se monter. Quant au mélange de ces deux catégories... » Les mauvaises langues qualifieront d'hérésie le formatage et ses règles d'or narratives visant le grand public... « Peut-être y a-t-il davantage de formatage dans le cinéma français, confie Pascal Rogard, mais cela correspond au goût du public. Il y a toujours des auteurs ou des producteurs qui font un cinéma un peu plus "difficile" pour lequel les financements sont moins aisés et auxquels il est demandé de faire des films plus adaptés à la demande. Cependant, la bonne santé du cinéma à succès renforce l'ensemble du système. »

Moins fidélisant qu'une série

Un système qui est un cas unique dans le monde quant au financement de l'industrie cinématographique : 20 % des films qui « rencontrent fortement leur public » contribuent au financement des 80 % restants. Durant les années sombres où les spectateurs ont déserté les salles obscures (principalement de 1987 à 1997) dans l'Hexagone, les mécanismes d'obligation (contribution des chaînes au compte de soutien du CNC, coproduction dans le long-métrage, accords passés avec Canal +) ont permis de renouveler les financements. « Le cinéma a perdu à cette époque le financement de la salle et est devenu dépendant du financement de la télévision », rappelle Pascal Rogard. Dangereux ? « Mieux vaut être dépendant et encore en vie qu'indépendant et mort », lance-t-il. Pour Michel Gomez, il n'est nullement question de dépendance. En France, entre cinéma et télévision, il existe un phénomène de quasi-intégration, souligne-t-il : « Les obligations d'investissement, mélangées aux quotas de diffusion font que les chaînes de télévision jouent un rôle structurel fondamental de financement du cinéma français. Mieux les chaînes de télévision se portent, mieux le cinéma français est financé. »

Encore aujourd'hui, il existe une dynamique très forte entre les télévisions généralistes et le cinéma français. Cependant, deux évolutions se font jour. D'une part, les chaînes généralistes (TF1, M6, les chaînes du service public) jugent moins appétissante la programmation d'un long-métrage : « le film est déjà passé par la salle, la vidéo et la naissante VOD [vidéo à la demande], les chaînes à péage, sans oublier la réglementation en matière de jour de diffusion d'un film à la télévision », rappelle Michel Gomez. Une mesure qui à l'origine visait à ne pas priver les salles de leurs spectateurs potentiels. D'autre part, en matière de génération d'audience, le film est moins fidélisant qu'une fiction unitaire ou une série avec ses héros récurrents, qu'elle soit française ou américaine. Les séries deviennent des marques et les téléspectateurs s'y attachent.

Reste à trouver le bon équilibre pour une diffusion du cinéma français (et étranger) en prime-time sur les chaînes généralistes... Car si cette diffusion peut sembler aujourd'hui anodine, un effet pervers pourrait surgir à moyen terme : « S'il y a moins de films français sur les chaînes généralistes apparaîtront des problèmes d'amortissement, en particulier pour les Sofica [sociétés d'investissements permettant la collecte de fonds consacrés pour le financement d'oeuvres cinématographiques et audiovisuelles], qui récupèrent leurs investissements sur les deuxième et troisième passages à la télévision », souligne Pascal Rogard. Enfin, si côté télévision, la fusion TPS-CanalSat pousse à s'interroger sur l'offre télévisuelle à venir, côté cinéma, aucun dommage collatéral n'est à craindre. « Certains producteurs qui, auparavant, avaient la possibilité de miser sur deux partenaires vont se retrouver avec un seul... », constate simplement le délégué général de l'ARP. La chaîne cryptée historique contribue au financement de quelque 120 films par an, TPS 10 à 12. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Le problème du cinéma est qu'il y a toujours des gens qui se plaignent. Déjà, dans des articles de presse en 1920, les gens se plaignaient ! », lâche avec malice Pascal Rogard, président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). Mais, au vu de la fréquentation des salles de cinéma en 2006, l'heure n'est plus à la complainte. « Aujourd'hui, la situation économique du cinéma en France est très bonne, constate Pascal Rogard. La conjoncture actuelle est identique à celle que nous avons connue dans les années 1982-1983, et plus loin dans les années 1970. Elle conjugue deux éléments positifs : une fréquentation en salles élevée et une part de marché du film français à ses niveaux historiques. » Selon les estimations du Centre national de la cinématographie (CNC), les salles obscures ont accueilli 188,45 millions de spectateurs en 2006 et la part de marché des films français est de 45 %. Une bonne fortune dont a également témoigné la forte affluence (50 000 visiteurs) enregistrée dans les allées du premier Salon du cinéma, du 12 au 14 janvier 2007.

La raison de cette bonne santé ? Des films dragueurs de spectateurs, principalement des comédies et quelques thrillers bien ficelés. « Cela a toujours fonctionné ainsi. Lorsque le cinéma français avait des parts de marché de l'ordre de 50 %, les comédies faisaient le plein d'entrées », souligne le président de la SACD. Parmi les locomotives françaises de l'année : Les Bronzés 3, Camping ou encore Je vous trouve très beau (lire le tableau). Le spectateur, français en l'occurrence, mais cela ne relève guère de notre chère exception culturelle, aime se divertir. À l'instar de la télévision et de ses programmes fédérateurs qui fonctionnent (séries, fictions et autres émissions de plateau), le cinéma est un divertissement qui, pour trouver son public se doit de coller au mieux à ses attentes. Pour Michel Gomez, délégué général de la Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs, l'ARP, « le cinéma s'industrialise, la création originale semble plus risquée et plus difficile à monter. On voit se créer plusieurs économies du cinéma avec des films construits pour le marché et des films qui sont davantage l'expression personnelle de réalisateurs. Ce sont ceux-là qui ont le plus de mal à se monter. Quant au mélange de ces deux catégories... » Les mauvaises langues qualifieront d'hérésie le formatage et ses règles d'or narratives visant le grand public... « Peut-être y a-t-il davantage de formatage dans le cinéma français, confie Pascal Rogard, mais cela correspond au goût du public. Il y a toujours des auteurs ou des producteurs qui font un cinéma un peu plus "difficile" pour lequel les financements sont moins aisés et auxquels il est demandé de faire des films plus adaptés à la demande. Cependant, la bonne santé du cinéma à succès renforce l'ensemble du système. »

Moins fidélisant qu'une série

Un système qui est un cas unique dans le monde quant au financement de l'industrie cinématographique : 20 % des films qui « rencontrent fortement leur public » contribuent au financement des 80 % restants. Durant les années sombres où les spectateurs ont déserté les salles obscures (principalement de 1987 à 1997) dans l'Hexagone, les mécanismes d'obligation (contribution des chaînes au compte de soutien du CNC, coproduction dans le long-métrage, accords passés avec Canal +) ont permis de renouveler les financements. « Le cinéma a perdu à cette époque le financement de la salle et est devenu dépendant du financement de la télévision », rappelle Pascal Rogard. Dangereux ? « Mieux vaut être dépendant et encore en vie qu'indépendant et mort », lance-t-il. Pour Michel Gomez, il n'est nullement question de dépendance. En France, entre cinéma et télévision, il existe un phénomène de quasi-intégration, souligne-t-il : « Les obligations d'investissement, mélangées aux quotas de diffusion font que les chaînes de télévision jouent un rôle structurel fondamental de financement du cinéma français. Mieux les chaînes de télévision se portent, mieux le cinéma français est financé. »

Encore aujourd'hui, il existe une dynamique très forte entre les télévisions généralistes et le cinéma français. Cependant, deux évolutions se font jour. D'une part, les chaînes généralistes (TF1, M6, les chaînes du service public) jugent moins appétissante la programmation d'un long-métrage : « le film est déjà passé par la salle, la vidéo et la naissante VOD [vidéo à la demande], les chaînes à péage, sans oublier la réglementation en matière de jour de diffusion d'un film à la télévision », rappelle Michel Gomez. Une mesure qui à l'origine visait à ne pas priver les salles de leurs spectateurs potentiels. D'autre part, en matière de génération d'audience, le film est moins fidélisant qu'une fiction unitaire ou une série avec ses héros récurrents, qu'elle soit française ou américaine. Les séries deviennent des marques et les téléspectateurs s'y attachent.

Reste à trouver le bon équilibre pour une diffusion du cinéma français (et étranger) en prime-time sur les chaînes généralistes... Car si cette diffusion peut sembler aujourd'hui anodine, un effet pervers pourrait surgir à moyen terme : « S'il y a moins de films français sur les chaînes généralistes apparaîtront des problèmes d'amortissement, en particulier pour les Sofica [sociétés d'investissements permettant la collecte de fonds consacrés pour le financement d'oeuvres cinématographiques et audiovisuelles], qui récupèrent leurs investissements sur les deuxième et troisième passages à la télévision », souligne Pascal Rogard. Enfin, si côté télévision, la fusion TPS-CanalSat pousse à s'interroger sur l'offre télévisuelle à venir, côté cinéma, aucun dommage collatéral n'est à craindre. « Certains producteurs qui, auparavant, avaient la possibilité de miser sur deux partenaires vont se retrouver avec un seul... », constate simplement le délégué général de l'ARP. La chaîne cryptée historique contribue au financement de quelque 120 films par an, TPS 10 à 12. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.