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Les gratuits d'info sur Internet

Parfois considéré comme une menace pour la presse payante, le Web est-il l'avenir de la presse gratuite ? À en croire les principaux groupes de presse quotidienne gratuite, Internet serait bel et bien leur nouvel eldorado. Après avoir consacré leurs cinq premières années d'existence à construire leur réseau de diffusion à travers l'Hexagone et à asseoir leur audience, rien d'anormal à ce que Metro et 20Minutes, notamment, cherchent un nouveau terrain de conquête. Le premier a remanié son site en septembre 2006, le second a mis en ligne sa « V5 » le 15 mars dernier. Un développement d'autant plus urgent que l'étude d'audience des quotidiens Epiq intègre désormais des indicateurs cross-médias, mesurant l'audience conjointe du quotidien, du site Internet et des éventuels suppléments hebdomadaires. Or, à l'aune du nouvel agrégat sur la marque média, 20 Minutes (deuxième quotidien national en audience), et Metro (cinquième) perdent de leur superbe, passent respectivement à la cinquième et à la sixième place du classement, derrière L'Équipe, LeMonde, ­LeFigaro et Le Parisien-Aujourd'hui en France.

S'ils réfléchissent au lancement de magazines thématiques, les deux pionniers de la presse gratuite considèrent le Web comme un « développement évident », selon l'expression de Valérie Decamp, directrice générale de Metro France. « Après tout, ils appartiennent à la génération Internet, note Jean-Clément Texier, expert médias et président de la Compagnie financière de communication. Ils se sont construits comme les start-up et ont diffusé, à l'instar du Web, une information gratuite. » Qui dit nouveau support, dit relais de croissance potentiel. Un raisonnement d'autant plus juste pour Metro, qui a atteint le point d'équilibre en 2006 pour la deuxième année consécutive, quitte d'ailleurs pour cela à mettre un frein à ses projets d'investissements, comme le lancement d'un magazine sur le sport. « Il faut définir des priorités. Aujourd'hui, nous intégrons le Web dans toutes nos réflexions en matière de lancement d'autres supports papier », insiste ­Valérie Decamp.

« À long terme, il existe un doute sur la pérennité du papier. Il fallait que les gratuits se positionnent sur ce support d'avenir », analyse Patrick Le Floch, directeur du master de management de la presse écrite à l'institut d'études politiques de Rennes. Sans compter que le gâteau publicitaire rétrécit à mesure que la concurrence s'intensifie, avec l'arrivée sur le marché de deux nouveaux gratuits, Direct soir et Matin plus. Autre donnée qui plaide en faveur de cette diversification : la moitié des Français sont aujourd'hui connectés à Internet, selon Médiamétrie, ce qui augure une transformation des usages médias. « Notre stratégie répond à l'évolution de la demande », observe d'ailleurs Pierre-Jean Bozo, président de 20 Minutes, pour qui la nouvelle version du site 20minutes.fr constitue « la neuvième édition du quotidien ».

Élargir la cible

Une édition supplémentaire qui permet aux gratuits de compléter leur couverture nationale à moindres frais. « Le papier étant arrivé dans sa phase de maturité, le Web nous permet de démultiplier la puissance et le rayonnement de notre marque au-delà des huit agglomérations dans lesquelles nous sommes distribués », souligne Élisabeth Cialdella, directrice marketing de 20 Minutes. De là à séduire de nouvelles cibles... « Notre objectif premier est de convertir nos lecteurs pour atteindre dans les six mois un million de visiteurs uniques, explique Valérie Decamp. Mais nous allons aussi élargir l'utilisation de notre site Internet et le positionner comme un grand portail communautaire, en travaillant notamment sur les aspirations de nos lecteurs, telles que la musique ou le sport. Ainsi, nous pourrons recruter des "Metronautes" qui ne sont pas forcément lecteurs du journal mais qui pourraient le devenir. Nous croyons à l'effet de vases communicants entre les deux supports. » Une analyse partagée par la direction de 20 Minutes : « Nous élargissons notre potentiel de cible, en termes d'âge notamment, en passant d'un bassin de 12 millions à un bassin de 20 millions d'individus », poursuit Élisabeth Cialdella, qui espère que 20minutes.­fr rejoindra le peloton de tête des sites d'information avant la fin de l'année.

Du côté des derniers-nés de la presse gratuite, Direct soir et Matin plus, dans le giron du groupe Bolloré, les projets Internet n'en sont qu'à leurs balbutiements. « Nous considérons le média Internet comme extrêmement important, mais nous préférons procéder par étapes et nous consacrer dans un premier temps au lancement de nos deux titres », souligne Jean-Christophe Thiery, directeur général de Bolloré Média. Le président de la régie, Gaël Blanchard, espère pour sa part que le portail Web de Matin plus verra le jour en juin prochain, « Internet apportant à nos lecteurs usagers quotidiens du Web un complément d'information nécessaire au support papier ». En tout cas, le retard pris par le titre n'inquiète pas l'actionnaire principal de Matin plus, puisque le gratuit pourra s'appuyer sur le succès du site du Monde, son deuxième partenaire.

Metro et 20 Minutes ne peuvent quant à eux compter que sur leurs propres forces pour pallier le retard qu'ils accusent par rapport aux sites des quotidiens payants. Une quinzaine de journalistes ont déjà été recrutés par 20 Minutes, tandis que Metro devrait compter une dizaine de personnes d'ici à l'été. Le premier a également décidé d'internaliser la commercialisation du nouveau site, laquelle était jusqu'alors gérée par Lagardère Active Publicité, afin de recruter des annonceurs « pure Web ». « À terme, nous aurons une équipe spécifique d'une trentaine de personnes », se ­réjouit Pierre-Jean Bozo.

Quels que soient les moyens mis en oeuvre, encore faut-il que les sites Web des gratuits ­apportent une plus-value par rapport à ceux des quotidiens payants, sachant qu'ils ne bénéficient plus de l'avantage de leur gratuité, qui est de règle sur la Toile. « Notre premier atout est constitué par notre lectorat, fidèle et grand usager du Web. Il est donc plus facile de l'inciter à migrer sur notre site qui présente, en outre, l'avantage d'être actualisé 7jours sur 7, contrairement au journal qui ne paraît que cinq jours par semaine », souligne François Bourboulon, éditeur du site ­metrofrance.­com. Pour lui, l'approche de l'information estampillée Metro se distingue également de celle des lemonde.fr et consorts grâce à « notre esprit très Web 2.0 ».

Coordination internationale

Une interactivité mise en avant également par le nouveau 20minutes.fr, qui ambitionne plus que jamais de « devenir un site communautaire en poussant le Web 2.0 », selon Johan Hufnagel, rédacteur en chef chargé des nouveaux médias. La présentation de la V5 se rapproche d'ailleurs davantage de celle des blogs de Myspace. L'immédiateté est l'autre pilier du portail : « Les sites d'information sont généralement très bons sur l'actualité chaude. Nous, nous irons encore plus loin en étant " live ", avec des éditions spéciales, voire un fil d'information heure par heure pour suivre une actualité précise », insiste Johan Hufnagel, transfuge de libération.fr.

Si 20 Minutes entend privilégier l'actualité générale, Metro veut pour sa part développer l'information locale, en créant des minisites pour chacune de ses éditions régionales, mais aussi profiter de son réseau mondial. « Nous réfléchissons à une coordination de toutes les plates-formes Web de Metro international », confie Valérie Decamp. Reste à présent à convaincre les internautes, y compris les jeunes actifs urbains qui ont pris leurs habitudes sur d'autres sites d'information, comme lemonde.fr qui compte 2,4 millions de visiteurs uniques, ou sur les plates-formes de type Yahoo News, qui a réuni près de 2,5 millions d'entre eux en janvier dernier. La nouvelle bataille de la presse quotidienne se jouera donc sur le Web.

www.20minutes.fr

www.metrofrance.com

www.directsoir.net

www.matinplus.net

Parfois considéré comme une menace pour la presse payante, le Web est-il l'avenir de la presse gratuite ? À en croire les principaux groupes de presse quotidienne gratuite, Internet serait bel et bien leur nouvel eldorado. Après avoir consacré leurs cinq premières années d'existence à construire leur réseau de diffusion à travers l'Hexagone et à asseoir leur audience, rien d'anormal à ce que Metro et 20Minutes, notamment, cherchent un nouveau terrain de conquête. Le premier a remanié son site en septembre 2006, le second a mis en ligne sa « V5 » le 15 mars dernier. Un développement d'autant plus urgent que l'étude d'audience des quotidiens Epiq intègre désormais des indicateurs cross-médias, mesurant l'audience conjointe du quotidien, du site Internet et des éventuels suppléments hebdomadaires. Or, à l'aune du nouvel agrégat sur la marque média, 20 Minutes (deuxième quotidien national en audience), et Metro (cinquième) perdent de leur superbe, passent respectivement à la cinquième et à la sixième place du classement, derrière L'Équipe, LeMonde, ­LeFigaro et Le Parisien-Aujourd'hui en France.

S'ils réfléchissent au lancement de magazines thématiques, les deux pionniers de la presse gratuite considèrent le Web comme un « développement évident », selon l'expression de Valérie Decamp, directrice générale de Metro France. « Après tout, ils appartiennent à la génération Internet, note Jean-Clément Texier, expert médias et président de la Compagnie financière de communication. Ils se sont construits comme les start-up et ont diffusé, à l'instar du Web, une information gratuite. » Qui dit nouveau support, dit relais de croissance potentiel. Un raisonnement d'autant plus juste pour Metro, qui a atteint le point d'équilibre en 2006 pour la deuxième année consécutive, quitte d'ailleurs pour cela à mettre un frein à ses projets d'investissements, comme le lancement d'un magazine sur le sport. « Il faut définir des priorités. Aujourd'hui, nous intégrons le Web dans toutes nos réflexions en matière de lancement d'autres supports papier », insiste ­Valérie Decamp.

« À long terme, il existe un doute sur la pérennité du papier. Il fallait que les gratuits se positionnent sur ce support d'avenir », analyse Patrick Le Floch, directeur du master de management de la presse écrite à l'institut d'études politiques de Rennes. Sans compter que le gâteau publicitaire rétrécit à mesure que la concurrence s'intensifie, avec l'arrivée sur le marché de deux nouveaux gratuits, Direct soir et Matin plus. Autre donnée qui plaide en faveur de cette diversification : la moitié des Français sont aujourd'hui connectés à Internet, selon Médiamétrie, ce qui augure une transformation des usages médias. « Notre stratégie répond à l'évolution de la demande », observe d'ailleurs Pierre-Jean Bozo, président de 20 Minutes, pour qui la nouvelle version du site 20minutes.fr constitue « la neuvième édition du quotidien ».

Élargir la cible

Une édition supplémentaire qui permet aux gratuits de compléter leur couverture nationale à moindres frais. « Le papier étant arrivé dans sa phase de maturité, le Web nous permet de démultiplier la puissance et le rayonnement de notre marque au-delà des huit agglomérations dans lesquelles nous sommes distribués », souligne Élisabeth Cialdella, directrice marketing de 20 Minutes. De là à séduire de nouvelles cibles... « Notre objectif premier est de convertir nos lecteurs pour atteindre dans les six mois un million de visiteurs uniques, explique Valérie Decamp. Mais nous allons aussi élargir l'utilisation de notre site Internet et le positionner comme un grand portail communautaire, en travaillant notamment sur les aspirations de nos lecteurs, telles que la musique ou le sport. Ainsi, nous pourrons recruter des "Metronautes" qui ne sont pas forcément lecteurs du journal mais qui pourraient le devenir. Nous croyons à l'effet de vases communicants entre les deux supports. » Une analyse partagée par la direction de 20 Minutes : « Nous élargissons notre potentiel de cible, en termes d'âge notamment, en passant d'un bassin de 12 millions à un bassin de 20 millions d'individus », poursuit Élisabeth Cialdella, qui espère que 20minutes.­fr rejoindra le peloton de tête des sites d'information avant la fin de l'année.

Du côté des derniers-nés de la presse gratuite, Direct soir et Matin plus, dans le giron du groupe Bolloré, les projets Internet n'en sont qu'à leurs balbutiements. « Nous considérons le média Internet comme extrêmement important, mais nous préférons procéder par étapes et nous consacrer dans un premier temps au lancement de nos deux titres », souligne Jean-Christophe Thiery, directeur général de Bolloré Média. Le président de la régie, Gaël Blanchard, espère pour sa part que le portail Web de Matin plus verra le jour en juin prochain, « Internet apportant à nos lecteurs usagers quotidiens du Web un complément d'information nécessaire au support papier ». En tout cas, le retard pris par le titre n'inquiète pas l'actionnaire principal de Matin plus, puisque le gratuit pourra s'appuyer sur le succès du site du Monde, son deuxième partenaire.

Metro et 20 Minutes ne peuvent quant à eux compter que sur leurs propres forces pour pallier le retard qu'ils accusent par rapport aux sites des quotidiens payants. Une quinzaine de journalistes ont déjà été recrutés par 20 Minutes, tandis que Metro devrait compter une dizaine de personnes d'ici à l'été. Le premier a également décidé d'internaliser la commercialisation du nouveau site, laquelle était jusqu'alors gérée par Lagardère Active Publicité, afin de recruter des annonceurs « pure Web ». « À terme, nous aurons une équipe spécifique d'une trentaine de personnes », se ­réjouit Pierre-Jean Bozo.

Quels que soient les moyens mis en oeuvre, encore faut-il que les sites Web des gratuits ­apportent une plus-value par rapport à ceux des quotidiens payants, sachant qu'ils ne bénéficient plus de l'avantage de leur gratuité, qui est de règle sur la Toile. « Notre premier atout est constitué par notre lectorat, fidèle et grand usager du Web. Il est donc plus facile de l'inciter à migrer sur notre site qui présente, en outre, l'avantage d'être actualisé 7jours sur 7, contrairement au journal qui ne paraît que cinq jours par semaine », souligne François Bourboulon, éditeur du site ­metrofrance.­com. Pour lui, l'approche de l'information estampillée Metro se distingue également de celle des lemonde.fr et consorts grâce à « notre esprit très Web 2.0 ».

Coordination internationale

Une interactivité mise en avant également par le nouveau 20minutes.fr, qui ambitionne plus que jamais de « devenir un site communautaire en poussant le Web 2.0 », selon Johan Hufnagel, rédacteur en chef chargé des nouveaux médias. La présentation de la V5 se rapproche d'ailleurs davantage de celle des blogs de Myspace. L'immédiateté est l'autre pilier du portail : « Les sites d'information sont généralement très bons sur l'actualité chaude. Nous, nous irons encore plus loin en étant " live ", avec des éditions spéciales, voire un fil d'information heure par heure pour suivre une actualité précise », insiste Johan Hufnagel, transfuge de libération.fr.

Si 20 Minutes entend privilégier l'actualité générale, Metro veut pour sa part développer l'information locale, en créant des minisites pour chacune de ses éditions régionales, mais aussi profiter de son réseau mondial. « Nous réfléchissons à une coordination de toutes les plates-formes Web de Metro international », confie Valérie Decamp. Reste à présent à convaincre les internautes, y compris les jeunes actifs urbains qui ont pris leurs habitudes sur d'autres sites d'information, comme lemonde.fr qui compte 2,4 millions de visiteurs uniques, ou sur les plates-formes de type Yahoo News, qui a réuni près de 2,5 millions d'entre eux en janvier dernier. La nouvelle bataille de la presse quotidienne se jouera donc sur le Web.

www.20minutes.fr

www.metrofrance.com

www.directsoir.net

www.matinplus.net