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L'info économique

Positive attitude. Il y a déjà deux ans, en septembre 2005, deux nouveaux hebdos se lançaient, qui prônaient une certaine ­vision de l'économie : l'économie heureuse. Aujourd'hui, ces benjamins, Le Parisien économie (groupe Amaury) et Challenges (groupe Nouvel Observateur) affichent une santé insolente. Jean Hornain, directeur général du Parisien, n'en revient pas. Il ne croyait pas au succès de son titre dans un délai aussi court : « Le supplément est rentable en termes publicitaires dès sa première année, alors que nous avions tablé sur sa rentabilité au bout de deux ans. De même au niveau de la diffusion : le lundi, qui était un jour traditionnellement faible, a vu ses ventes progresser entre 2 % et 4 %. »

Mêmes résultats florissants pour l'hebdomadaire Challenges, que le Syndicat de la presse magazine d'information (SPMI) a élu meilleur magazine de l'année en 2007, et qui affichait une diffusion de 256 730exemplaires l'an dernier (+ 2,14 %). « L'économie est arrivée au coeur de la vie quotidienne, constate Nathalie Godinot, directrice de l'expertise presse chez Zenith-Optimedia. Elle s'est également "peopolisée", avec des titres comme Challenges qui font la part belle aux portraits de patrons. Quant au Parisien économie, il joue sur la proximité des entreprises, avec une vision heureuse qui privilégie les "success stories". »

Dans l'information économique, qu'on se le dise, l'heure est à la pédagogie. Y compris et surtout dans l'audiovisuel, comme sur LCI. « En France, l'économie a souvent été négligée, ne serait-ce qu'à l'école », rappelle Jean-Claude Dassier, directeur général de la chaîne d'information en continu. « Il n'existe pas de culture de l'entreprise en France, renchérit Éric Revel, rédacteur en chef économie chez LCI. On ne parle souvent des entreprises que lorsqu'elles licencient. Du coup les gens en ont une vision très réductrice. » Chacun le reconnaît, avec Jean-Claude Dassier : « L'économie n'est pas une matière facile à traiter. En télévision, nous sommes obligés d'être explicatifs. » Expliquer oui, se renier non, comme l'affirme Jean Hornain : « Ce supplément à la fois sérieux et vulgarisateur de l'économie permet au Parisien d'avoir une meilleure image, d'être finalement plus respectable. »

Mais cette déferlante autour de l'information économique ne fait pas peur aux spécialistes de longue date, La Tribune et Les Échos. Au contraire. « L'économie est partout, et alors ?, lance David Guiraud, directeur général des Échos (Pearson). Aux Échos, nous disons depuis longtemps que l'économie est centrale dans la vie des gens. De plus, un quotidien à dominante économique ne peut se plaindre de voir des généralistes investir toujours plus ce domaine. À terme, cela nous rapporte des lecteurs. »

Ce développement met les quotidiens économiques historiques à un clic d'une nouvelle concurrence, qui se développe sur le Web. Mais Les Échos et La Tribune sont persuadés que leur savoir-faire les met - pour le moment - à l'abri de portails tels que Boursorama.fr (Société générale) ou encore Yahoo Finances. « Notre marque repose sur des valeurs d'indépendance favorisées par notre bonne santé financière. Et, en plus de cela, nous revendiquons la rigueur de l'information et sa fiabilité », analyse David Guiraud. Ce qui n'est d'ailleurs pas propre à la presse quotidienne : «Lorsque je suis arrivé du Point et de L'Express, ce qui m'a frappé, c'est l'extrême expertise des journalistes, raconte Alain Louyot, directeur de la rédaction de L'Expansion. Certains sont même diplômés d'économétrie ! Et lorsque nous faisons un dossier, nous avons une " technique à la ­Attila " : là où nous avons enquêté, il ne reste plus rien à trouver. »

François Dieulesaint, directeur général et éditeur de La Tribune, affirme pour sa part : « Nous ne nous contentons pas de relayer l'information comme certains portails, nous la faisons. Nous sommes presque constamment à l'origine de l'information économique, du coup nous ne nous positionnons pas par rapport à la concurrence. » Confiants mais tout de même prévoyants, Les Échos et La Tribune ont développé une offre destinée aux professionnels, avec un large éventail de newsletters sectorielles : sept pour Les Échos, pas moins de quinze pour La Tribune. Le Nouvel Économiste se situe lui aussi sur ce double créneau B to C et B to B. « Nous offrons sur notre site Internet un portail pour " happy few " qui recense tous les sites importants dans le domaine du conseil », revendique d'ailleurs Henri Nijdam, directeur de l'hebdomadaire.

Reste que les spécialistes s'accordent : aujourd'hui, les éditeurs médias doivent se transformer en fournisseurs d'informations économiques. « C'est vrai que dans le secteur de l'économie, aujourd'hui, tout le monde est concurrent de tout le monde, constate Nathalie Godinot, de Zenith­­-Optimedia. Les éditeurs doivent devenir fournisseurs de toutes sortes de contenus sur toutes les cibles. » Chez LCI, on en est conscient, « il va falloir développer des synergies fortes entre la télévision et Internet », note Jean-Claude Dassier. Il ajoute : « Au fond, une grande partie de l'information économique est mieux traitée sur le Web, parce qu'il est plus réactif. Il n'est pas exclu que l'on observe une mutation lente des contenus économiques vers le Net dans les années à venir. »

Démultiplication des supports

Chez Challenges, « beaucoup de journalistes sont sur le pont de l'actualité, grâce à nos partenariats avec des émissions comme Les Coulisses de l'entreprise sur BFM, le journal économique d'I-Télé ou encore la chronique médias de Radio classique, précise Vincent Beaufils, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire. Nous utilisons encore Internet en complément du magazine, même si nous proposons dans la nouvelle version de notre site, sortie en mai, des rubriques Bourse et placements. Mais il est sûr que nous ne serons jamais Les Échos. »

Quoi qu'il en soit, les prés carrés se font rares en économie. En plus de Challenges.fr et des portails, citons un autre rival de taille, fort d'une véritable plus-value journalistique : le site du mensuel grand public Capital (Prisma Presse), Capital.fr, qui s'est récemment distingué par la diffusion de scoops : les indemnités de Jean-Paul Gut, directeur international d'EADS, ou le nom du propriétaire du bateau (Vincent Bolloré) sur lequel Nicolas Sarkozy a séjourné juste après son élection. Mais là encore, nos éditeurs restent de marbre : « Capital.fr ne nous fait pas peur, lâche David Guiraud, des Échos. Ils font du bon boulot, ont sorti des scoops... Mais pensez-vous vraiment qu'ils peuvent tenir la comparaison avec une rédaction de 190 journalistes comme la nôtre ? »

Il n'en reste pas moins que le site a dépassé les 510 000 visiteurs uniques en avril et voit sa fréquentation monter au fil des semaines. « Nous ne mettons pas en ligne des rumeurs mais de vraies infos, souligne Jean-Joël Gurviez, éditeur du pôle économique de Prisma Presse. Les journalistes du mensuel disposaient de nombreuses informations qu'ils ne pouvaient sortir en raison de la périodicité du titre. Ce n'est plus le cas avec notre site, qui propose à la fois infos exclusives et services aux lecteurs. » Avec l'acquisition du site boursier First Invest en septembre 2005, ­Capital.­fr propose aussi conseils boursiers, immobiliers et fils d'infos, tout comme d'ailleurs le site de L'Expansion.

Les vétérans ne sont pas en reste. Pour se repositionner dans ce nouveau champ de l'information économique démultipliée, Les Échos et La Tribune ont fortement investi Internet, et plus largement le numérique. « Nous sommes en veille permanente sur les nouvelles technologies puisque nous sommes sûrs de notre savoir-faire sur l'information », concède David Guiraud. Ainsi, Les Échos lanceront prochainement leur édition sur papier électronique et ont basculé leurs sept newsletters sectorielles, jusqu'ici au format papier, en version Web.

« Vous serez bimédia ou vous ne serez plus journalistes, c'est le discours que je tiens à mes équipes », lâche Alain Louyot, de L'Expansion, qui va lancer un nouveau portail à la rentrée. Du côté de La Tribune, l'évolution vers le numérique est encore plus marquée. Depuis novembre 2006 et la nouvelle formule du quotidien, la marque se développe sur Internet. La rédaction fonctionne sur le mode bimédia, c'est-à-dire à la fois sur le Web et le papier. Mais, de fait, Latribune.fr serait plutôt trimédia, puisqu'il propose de la vidéo, notamment six flashs d'info par jour. « Notre idée, confie François Dieulesaint, est d'être présents dans l'analyse avec le quotidien papier, dans l'interactivité avec Internet et dans la mobilité avec les portables puisque La Tribune est accessible gratuitement sur les mobiles de type Blackberry. » Décidément, trop de médias ne tue pas le média économique.

Positive attitude. Il y a déjà deux ans, en septembre 2005, deux nouveaux hebdos se lançaient, qui prônaient une certaine ­vision de l'économie : l'économie heureuse. Aujourd'hui, ces benjamins, Le Parisien économie (groupe Amaury) et Challenges (groupe Nouvel Observateur) affichent une santé insolente. Jean Hornain, directeur général du Parisien, n'en revient pas. Il ne croyait pas au succès de son titre dans un délai aussi court : « Le supplément est rentable en termes publicitaires dès sa première année, alors que nous avions tablé sur sa rentabilité au bout de deux ans. De même au niveau de la diffusion : le lundi, qui était un jour traditionnellement faible, a vu ses ventes progresser entre 2 % et 4 %. »

Mêmes résultats florissants pour l'hebdomadaire Challenges, que le Syndicat de la presse magazine d'information (SPMI) a élu meilleur magazine de l'année en 2007, et qui affichait une diffusion de 256 730exemplaires l'an dernier (+ 2,14 %). « L'économie est arrivée au coeur de la vie quotidienne, constate Nathalie Godinot, directrice de l'expertise presse chez Zenith-Optimedia. Elle s'est également "peopolisée", avec des titres comme Challenges qui font la part belle aux portraits de patrons. Quant au Parisien économie, il joue sur la proximité des entreprises, avec une vision heureuse qui privilégie les "success stories". »

Dans l'information économique, qu'on se le dise, l'heure est à la pédagogie. Y compris et surtout dans l'audiovisuel, comme sur LCI. « En France, l'économie a souvent été négligée, ne serait-ce qu'à l'école », rappelle Jean-Claude Dassier, directeur général de la chaîne d'information en continu. « Il n'existe pas de culture de l'entreprise en France, renchérit Éric Revel, rédacteur en chef économie chez LCI. On ne parle souvent des entreprises que lorsqu'elles licencient. Du coup les gens en ont une vision très réductrice. » Chacun le reconnaît, avec Jean-Claude Dassier : « L'économie n'est pas une matière facile à traiter. En télévision, nous sommes obligés d'être explicatifs. » Expliquer oui, se renier non, comme l'affirme Jean Hornain : « Ce supplément à la fois sérieux et vulgarisateur de l'économie permet au Parisien d'avoir une meilleure image, d'être finalement plus respectable. »

Mais cette déferlante autour de l'information économique ne fait pas peur aux spécialistes de longue date, La Tribune et Les Échos. Au contraire. « L'économie est partout, et alors ?, lance David Guiraud, directeur général des Échos (Pearson). Aux Échos, nous disons depuis longtemps que l'économie est centrale dans la vie des gens. De plus, un quotidien à dominante économique ne peut se plaindre de voir des généralistes investir toujours plus ce domaine. À terme, cela nous rapporte des lecteurs. »

Ce développement met les quotidiens économiques historiques à un clic d'une nouvelle concurrence, qui se développe sur le Web. Mais Les Échos et La Tribune sont persuadés que leur savoir-faire les met - pour le moment - à l'abri de portails tels que Boursorama.fr (Société générale) ou encore Yahoo Finances. « Notre marque repose sur des valeurs d'indépendance favorisées par notre bonne santé financière. Et, en plus de cela, nous revendiquons la rigueur de l'information et sa fiabilité », analyse David Guiraud. Ce qui n'est d'ailleurs pas propre à la presse quotidienne : «Lorsque je suis arrivé du Point et de L'Express, ce qui m'a frappé, c'est l'extrême expertise des journalistes, raconte Alain Louyot, directeur de la rédaction de L'Expansion. Certains sont même diplômés d'économétrie ! Et lorsque nous faisons un dossier, nous avons une " technique à la ­Attila " : là où nous avons enquêté, il ne reste plus rien à trouver. »

François Dieulesaint, directeur général et éditeur de La Tribune, affirme pour sa part : « Nous ne nous contentons pas de relayer l'information comme certains portails, nous la faisons. Nous sommes presque constamment à l'origine de l'information économique, du coup nous ne nous positionnons pas par rapport à la concurrence. » Confiants mais tout de même prévoyants, Les Échos et La Tribune ont développé une offre destinée aux professionnels, avec un large éventail de newsletters sectorielles : sept pour Les Échos, pas moins de quinze pour La Tribune. Le Nouvel Économiste se situe lui aussi sur ce double créneau B to C et B to B. « Nous offrons sur notre site Internet un portail pour " happy few " qui recense tous les sites importants dans le domaine du conseil », revendique d'ailleurs Henri Nijdam, directeur de l'hebdomadaire.

Reste que les spécialistes s'accordent : aujourd'hui, les éditeurs médias doivent se transformer en fournisseurs d'informations économiques. « C'est vrai que dans le secteur de l'économie, aujourd'hui, tout le monde est concurrent de tout le monde, constate Nathalie Godinot, de Zenith­­-Optimedia. Les éditeurs doivent devenir fournisseurs de toutes sortes de contenus sur toutes les cibles. » Chez LCI, on en est conscient, « il va falloir développer des synergies fortes entre la télévision et Internet », note Jean-Claude Dassier. Il ajoute : « Au fond, une grande partie de l'information économique est mieux traitée sur le Web, parce qu'il est plus réactif. Il n'est pas exclu que l'on observe une mutation lente des contenus économiques vers le Net dans les années à venir. »

Démultiplication des supports

Chez Challenges, « beaucoup de journalistes sont sur le pont de l'actualité, grâce à nos partenariats avec des émissions comme Les Coulisses de l'entreprise sur BFM, le journal économique d'I-Télé ou encore la chronique médias de Radio classique, précise Vincent Beaufils, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire. Nous utilisons encore Internet en complément du magazine, même si nous proposons dans la nouvelle version de notre site, sortie en mai, des rubriques Bourse et placements. Mais il est sûr que nous ne serons jamais Les Échos. »

Quoi qu'il en soit, les prés carrés se font rares en économie. En plus de Challenges.fr et des portails, citons un autre rival de taille, fort d'une véritable plus-value journalistique : le site du mensuel grand public Capital (Prisma Presse), Capital.fr, qui s'est récemment distingué par la diffusion de scoops : les indemnités de Jean-Paul Gut, directeur international d'EADS, ou le nom du propriétaire du bateau (Vincent Bolloré) sur lequel Nicolas Sarkozy a séjourné juste après son élection. Mais là encore, nos éditeurs restent de marbre : « Capital.fr ne nous fait pas peur, lâche David Guiraud, des Échos. Ils font du bon boulot, ont sorti des scoops... Mais pensez-vous vraiment qu'ils peuvent tenir la comparaison avec une rédaction de 190 journalistes comme la nôtre ? »

Il n'en reste pas moins que le site a dépassé les 510 000 visiteurs uniques en avril et voit sa fréquentation monter au fil des semaines. « Nous ne mettons pas en ligne des rumeurs mais de vraies infos, souligne Jean-Joël Gurviez, éditeur du pôle économique de Prisma Presse. Les journalistes du mensuel disposaient de nombreuses informations qu'ils ne pouvaient sortir en raison de la périodicité du titre. Ce n'est plus le cas avec notre site, qui propose à la fois infos exclusives et services aux lecteurs. » Avec l'acquisition du site boursier First Invest en septembre 2005, ­Capital.­fr propose aussi conseils boursiers, immobiliers et fils d'infos, tout comme d'ailleurs le site de L'Expansion.

Les vétérans ne sont pas en reste. Pour se repositionner dans ce nouveau champ de l'information économique démultipliée, Les Échos et La Tribune ont fortement investi Internet, et plus largement le numérique. « Nous sommes en veille permanente sur les nouvelles technologies puisque nous sommes sûrs de notre savoir-faire sur l'information », concède David Guiraud. Ainsi, Les Échos lanceront prochainement leur édition sur papier électronique et ont basculé leurs sept newsletters sectorielles, jusqu'ici au format papier, en version Web.

« Vous serez bimédia ou vous ne serez plus journalistes, c'est le discours que je tiens à mes équipes », lâche Alain Louyot, de L'Expansion, qui va lancer un nouveau portail à la rentrée. Du côté de La Tribune, l'évolution vers le numérique est encore plus marquée. Depuis novembre 2006 et la nouvelle formule du quotidien, la marque se développe sur Internet. La rédaction fonctionne sur le mode bimédia, c'est-à-dire à la fois sur le Web et le papier. Mais, de fait, Latribune.fr serait plutôt trimédia, puisqu'il propose de la vidéo, notamment six flashs d'info par jour. « Notre idée, confie François Dieulesaint, est d'être présents dans l'analyse avec le quotidien papier, dans l'interactivité avec Internet et dans la mobilité avec les portables puisque La Tribune est accessible gratuitement sur les mobiles de type Blackberry. » Décidément, trop de médias ne tue pas le média économique.