
21/02/2010 - Hervé Brossard, président d'Omnicom Media Groupe France, et Bertrand Beaudichon, vice-président, s'inquiètent dans une lettre ouverte au gouvernement des conséquences du projet de cession de la Régie France Télévision à la Financière Lov, holding de Stéphane Courbit, et MRE, la filiale régie publicitaire du Groupe Publicis.
Voici le contenu intégral de cette lettre destinée à "Madame la Ministre de tutelle de la DGCCRF et à Monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication".
Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Nous souhaitons, par cette lettre ouverte, vous sensibiliser sur les conséquences extrêmement graves du projet actuel de cession de la Régie France Télévisions au
profit du consortium formé de La Financière Lov, holding de Monsieur Courbit, par ailleurs maison-mère du Groupe de production Banijay, et de MRE, la filiale Régie
Publicitaire du Groupe Publicis, pour l'ensemble de la profession publicitaire, et au-delà, pour l'égalité et pour la diversité de la production audiovisuelle en France.
Ces risques, tels que perte de transparence, dérégulation de la concurrence et conflit d'intérêt, sont réels. Ils contredisent l'esprit de la Loi Sapin et créent une distorsion
de concurrence entre les opérateurs du marché, les annonceurs et les autres producteurs audiovisuels. Ils doivent être portés à la connaissance des pouvoirs publics, garants du respect des règles fondamentales qui régissent notre profession en particulier, et le principe de la concurrence en général.
Comme vous le savez, le Groupe Publicis est actionnaire de deux réseaux mondiaux d'achat d'espace, Zénith et Starcom, le Groupe de production Banijay est l'un des
principaux fournisseurs de contenus des chaines de télévision européennes, et la régie de France Télévisions représente jusqu'à présent une part significative des budgets de communication des annonceurs.
L'activité d'achat d'espaces publicitaires est régie par la Loi Sapin, qui impose des règles parfaitement claires sur, d'une part, les règles de bonne concurrence garantissant l'égalité entre Annonceurs quant à leur coût d'accès aux médias, et, d'autre part, le statut de mandataire d'une agence d'achat d'espace, ayant pour conséquence le fait que l'agence ne peut recevoir aucune rémunération ou avantage de la part des vendeurs d'espaces, mais uniquement de l'annonceur lui-même.
Il en résulte que l'ensemble de notre profession fonde l'essentiel de sa compétence sur (1) la définition des stratégies médias de ses annonceurs, (2) sur la capacité à orchestrer l'ensemble des médias de façon à atteindre les objectifs de visibilité, de notoriété et de vente assignés par l'Annonceur, et (3) enfin, sur la capacité à optimiser le coût d'accès aux médias de ses Annonceurs.
Compte-tenu de ce qui précède, il est évident qu'une agence d'achat d'espace qui disposerait d'une relation privilégiée avec un vendeur d'espace et qui, en conséquence
de cette relation, pourrait disposer de prix préférentiels pour ses annonceurs, d'un accès prioritaire au planning du vendeur d'espace, ou de la capacité de diffuser de la publicité ou du sponsoring par un accès direct aux programmes ou contenus du vendeur d'espace bénéficierait d'un avantage considérable et anormal par rapport à ses concurrents. Ce serait selon nous contraire à l'esprit de la Loi Sapin, et pourrait consister en des pratiques anti-concurrentielles.
La situation qui pourrait naître demain du rachat de la Régie France Télévisions par le consortium en question comporte de tels risques. Ces risques seraient d'ailleurs
encore accrus si la publicité avant 20h était finalement maintenue sur les chaines de France Télévisions. C'est selon nous la significativité du risque, bien plus que la personnalité des acteurs en présence, qui nous pousse aujourd'hui à vous demander de porter une attention particulière sur le cadre juridique et légal qui devra entourer le fonctionnement futur de la Régie France Télévisions avec ses nouveaux actionnaires, mais également, plus largement, d'émettre les règles qui doivent régir désormais les relations entre Agences d'achat d'espace, vendeurs d'espace et producteurs de contenus lorsque leurs intérêts capitalistiques sont liés.
Ces risques sont tels pour l'égalité de traitement entre les annonceurs que, même si nous ne souhaitons faire le moindre procès d'intention à quelque groupe de communication, nous pensons nécessaire de vous demander, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, de bien vouloir veiller à ce que soient mises en oeuvre les mesures qui permettront d'éviter tout dommage. L'exemple doit servir à des décisions durables. Pas uniquement au cas d'espèce, même s'il est plus significatif que toutes les situations similaires précédentes qui ont pu avoir lieu jusqu'à présent sur notre marché.
Réagissez à cet article
Merci de vous identifier afin de pouvoir publier un commentaire :
Identifiez-vous
Mots-clés :
France Télévision Publicité, Omnicom, Hervé Brossard, Bertrand Beaudichon
Formations :

Formations et conférences Stratégies
• Optimisez l'efficacité de vos relations presse
• Communication interne
• Créativité et solutions marketing
• Planning stratégique
• Digital Paris 2012