
01/06/2011 - Les deux jours de débats qui ont réuni le gratin du Web à Paris les 24 et 25 mai dernier resteront comme une opération de communication grandeur nature pour l’Elysée et pour Publicis, coorganisateur de l'événement.
Une salle bondée et une chaleur suffocante sous l'immense chapiteau dressé dans le jardin des Tuileries, à Paris. Mercredi 25 mai à 16h30, et une heure durant, Maurice Lévy, président du directoire de Publicis Groupe, échange avec Mark Zuckerberg, vingt-sept ans, CEO de Facebook, en T-shirt, jeans et baskets. Cela tient plus de l'aimable conversation que de l'interview impertinente. Les données privées? «Les gens doivent fixer leurs propres limites.» Le rôle du réseau social dans le «printemps arabe»? «Facebook n'a été ni nécessaire ni suffisant.»
Pas de révélations fracassantes, mais peu importe, l'image restera: Maurice Lévy en compagnie du patron d'une des start-up du Web les plus puissantes du monde. Une opération de communication «win-win», avec mention spéciale pour Publicis, organisatrice de l'E-G8 Forum, monté en deux mois, qui a rassemblé à Paris, les 24 et 25 mai, le gratin mondial du Web.
Retour en arrière. Courant mars, l'Elysée confie – sans appel d'offres – à Publicis l'organisation de l'E-G8 Forum, deux journées de débats réunissant la crème des entreprises high-tech, sur des sujets liés au Web et à l'économie numérique. «Nicolas Sarkozy m'a adressé un courrier il y a deux mois. Il m'a choisi, car il sait que je connais tous les grands acteurs du Net», précise Maurice Lévy à Stratégies.
L'initiative est de Nicolas Sarkozy: «Il en a eu l'idée en organisant le Conseil national du numérique. Il voulait que les Etats se saisissent de ce sujet», indique son directeur de la communication, Franck Louvrier. Les interlocuteurs de Publicis à l'Elysée: Nicolas Princen, «monsieur Internet», ainsi que Franck Louvrier.
Durant deux mois, les agences Publicis Live (événementiel), Publicis Consultants (RP) et Marcel (design et logo) ont été mobilisées. «On a dû monter le programme puis convaincre les PDG, qui ont changé leur agenda. Ce n'est que le 12 mai que j'ai eu confirmation de la venue de Mark Zuckerberg», raconte John Rossant, directeur général de Publicis Live.
Retombées médiatiques réussies
C'est l'Elysée qui convie, mais Publicis qui organise et invite – entendez, qui paie. C'était la garantie que «l'Etat ne soit pas suspecté d'interventionnisme», justifie Franck Louvrier. Les pouvoirs publics ont mis à disposition les jardins des Tuileries, mais l'ensemble de la manifestation a été financée par des sponsors. Avec en échange leur logo en haut des affiches et une prise de parole dans une des tables rondes ou séances plénières.
Tickets d'entrée: 100 000 ou 250 000 euros, et jusqu'à 500 000 pour les françaises Vivendi et Orange, précise Maurice Lévy. Mardi 24 mai au matin, en conférence de presse, le président de Publicis annonçait un budget global de 3 millions d'euros. «Nous ne sommes pas encore rentrés à 100% dans nos frais pour l'instant. Tout éventuel supplément sera supporté par Publicis», lâche-t-il alors.
Douze sponsors (Ebay, Google, Orange, Free, Huawei, HP, Capgemini, etc.) ont répondu présent, la plupart figurant parmi les speakers. «L'occasion de faire du lobbying pour certains, tel Google», estime Christophe Alix, journaliste au service économie de Libération.
Apple sera la grande absente: «Ils ont décliné l'invitation, probablement parce qu'Apple n'a pas pour coutume de se mêler à d'autres entreprises dans des événements», estime Olivier Fleuriot, président de MSL Group, la structure qui coiffe les activités PR et événementiel de Publicis.
Durant deux jours se sont donc enchaînées tables rondes et séances plénières, dans ce qui tenait autant d'un sommet que d'un grand moment de «networking». Une poignée de start-up françaises, comme Gostai ou Parrot, disposaient d'emplacements.
L'E-G8 restera comme une opération de communication pour l'Elysée, à un an de la présidentielle, également pour Publicis et son président. Apothéose pour Maurice Lévy, il a été à la tête d'une délégation d'entrepreneurs du Net (Eric Schmidt, de Google, Stéphane Richard, de France Télécom, Yuri Milner, de DST, Mark Zuckerberg, de Facebook, et Hiroshi Mikitani, de Rakuten) venus présenter leurs conclusions aux chefs d'Etat et à la presse lors du G8, à Deauville.
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