
28/06/2012 -
Bulle ou pas bulle? Douze ans après l'explosion de la bulle Internet de l'an 2000, le secteur fait à nouveau tourner les têtes. Car il en brasse des milliards, entre les géants Facebook, Google et Microsoft, prêts à débourser des fortunes pour acquérir de jeunes pépites. Facebook, à la veille de son introduction au Nasdaq, n'a pas hésité à dépenser 1 milliard de dollars pour racheter Instagram.
Parallèlement, une poignée de start-up ont franchi le seuil symbolique du milliard de dollars de valorisation. Certes, on est encore loin d'Apple, dont la capitalisation avoisinerait les 1 000 milliards de dollars. Il n'en faut pas plus toutefois pour faire émerger le spectre d'une bulle «sociale» (cf. Stratégies n°1675 du 19 avril 2012) au sujet de ces start-up qui surfent sur les médias sociaux, le communautaire, la mise en relation entre internautes ou les applications mobiles.
Douze ans d'écart, mais quelques parallèles peuvent être réalisés. Effervescence entrepreneuriale dans la Silicon Valley (un peu en Europe); levées de fonds records qui s'enchaînent mois après mois, même en France (190 millions d'euros levés en mai); naissance de jeunes pousses aux noms étranges, accompagnées d'un certain tapage médiatique; entrepreneurs starisés (Mark Zuckerberg s'est déjà vu consacrer un biopic par Hollywood); réapparition de soirées de networking; débauchages à prix d'or...
L'introduction en Bourse chaotique de Facebook, malgré une valorisation démentielle à 104 milliards de dollars, serait-elle le signe avant-coureur de cette nouvelle bulle? Certains le croient, tel le journaliste spécialisé John Cassidy: «En achetant ses actions comme en achetant les actions des sociétés de la bulle Internet, les investisseurs parieront avant tout sur la base d'un espoir et d'un optimisme, plutôt que sur un business plan clairement établi et défini», écrivait-il sur son blog, lors de l'entrée au Nasdaq du réseau social.
Comme le souligne Stéphane Treppoz, patron de Sarenza, directeur général en 2000 du pionnier de l'Internet à bas prix AOL France, «la valorisation normale d'une entreprise est de 10 fois son résultat net, voire de 25 fois pour les cas les plus extrêmes. Il est exceptionnel qu'une entreprise soit valorisée plus de 2 à 5 fois son chiffre d'affaires. Facebook a été valorisé 25 fois son chiffre d'affaires, ce qui n'est pas vraiment réaliste. En même temps, pour Google aussi, l'introduction en Bourse en 2004 avait été chaotique.»
De larges audiences
Mais Facebook est loin d'être le Boo.com de 2012. Le célèbre réseau social est une société rentable, à forte audience: 900 millions d'utilisateurs qui génèrent en moyenne un revenu de 4,4 dollars chacun, soit 3,7 milliards de dollars en 2011. Des services payants s'y sont greffés, comme les jeux sociaux (Farmville, par exemple). «On parle de bulle lorsque les gens sont prêts à payer un montant indépendant de sa valeur intrinsèque et sur la certitude que le prix des actions va monter», souligne Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur en août 2000 du site de ventes en ligne Price Minister.
De fait, par rapport à 2000, l'audience est "la" différence. La première génération de start-up est née sur un marché inexistant: peu de foyers connectés à Internet (12% d'après l'Insee), équipés en bas débit et avec des habitudes d'achat en ligne encore réduites. Aujourd'hui, 64% des foyers sont connectés à Internet en haut débit (ADSL, fibre optique et bientôt 4G), accèdent à des contenus toujours plus riches (vidéos, télévision connectée, services via des applications mobiles). «Et ils sont habitués à acheter des biens et des services payants en ligne, du billet de train aux chaussures», poursuit Pierre Koscuisko-Morizet.
«Il y a une dizaine d'années, cette audience était à inventer, alors qu'aujourd'hui, nombre de modèles reposent sur leur capacité à la monétiser. Tout ce qui est "social" a permis de créer des audiences sans commune mesure avec ce qui existait à l'époque», poursuit Marc Simoncini, dont le site de rencontres en ligne Meetic, lancé voilà dix ans, reposait déjà sur la monétisation de son audience.
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