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MIPTV

L’IA s’invite dans les émissions télé

15/04/2019 - par Delphine Soulas-Gesson, à Cannes

Les programmes de télévision ne restent pas à l'écart des mutations technologiques. Intelligence artificielle, algorithmes, hologrammes s’invitent peu à peu dans les émissions du monde entier, dont le grand rendez-vous annuel, le MIPTV, se tenait du 8 au 11 avril à Cannes.

Imaginez une toute petite ville de 6 000 m2, située au sud de Tel Aviv, dans laquelle vivent, durant deux mois, douze candidats filmés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Là, ils doivent interagir avec des robots au coeur d'un vaste système informatique sur lequel repose 2025, le nouveau programme de télé-réalité de la société de production israélienne Keshet. Six ans après Rising Star, l’émission aux airs de Truman Show du futur, dont la finale sera diffusée en Israël mi-avril, était l’un des temps forts du MIPFormats, qui précédait le MIPTV, le marché international des programmes télé, qui s’est déroulé à Cannes du 8 au 11 avril. « Dans 2025, la technologie est partout. Les candidats sont équipés d'une montre connectée, qui leur permet par exemple d'ouvrir les portes de leur hôtel s'ils choisissent d'y dormir. C'est ce logiciel, conçu avec la start-up israélienne Smart Tag, qui permet d'afficher en temps réel le classement des candidats en fonction de l'argent qu'il leur reste », explique à Stratégies Revital Basel, directrice générale de Keshet International Network. 

Renaître en hologrammes 

Quelques étages plus bas, dans l'immense sous-sol du Palais des festivals, où se côtoient les sociétés de production et de distribution du monde entier venues vendre leurs programmes au Mip TV, les Chinois. « Ce sont les meilleurs dans l'utilisation des technologies à la télévision », relève Bertrand Villegas, cofondateur de The Wit, bureau d'études sur les tendances en matière de programmes. IFormats, la division de Shanghai Media Group dédiée à l'exportation des formats chinois, présente Remember Me, une émission de prime time dont le point d'orgue est la réalisation en plateau d'un duo entre un anonyme et un proche disparu, que la production fait renaître le temps d'une chanson en hologramme et en synthèse vocale. Le pilote devrait être tourné d'ici l'été. En 2016 déjà, la chaîne CCTV 1 avait diffusé une version du Lac des cygnes en hologrammes, dans laquelle une danseuse se dédoublait à l'infini, un spectacle présenté à l'occasion du G20 à Hangzhou. 
« Quand on habite là-bas, on est étonné non pas par l'avance de la Chine, mais par notre retard », estime Sandrine Roustan, responsable du développement international de Shanghai Media Group. La télévision ne fait pas exception, selon elle. Le programme My Future, dont la deuxième saison sera diffusée prochainement sur Hunan TV, met par exemple en compétition des inventeurs chargés d'améliorer l'avenir des citoyens, dans une mise en scène très futuriste. L'animateur est là aussi accompagné d'un hologramme. « Ce type de programmes est poussé par le gouvernement chinois, qui investit massivement dans l'intelligence artificielle et qui veut mettre en avant la science partout, y compris à la télévision », reconnaît Sandrine Roustan. « C'est une démarche politique plus qu'une réponse à un marché, relativise Philippe Bailly, président du cabinet NPA Conseil. Aujourd'hui, la bagarre n'est pas celle-là. L'enjeu est de développer des séries pour les plateformes, dans un contexte d'inflation des talents. » 

Du fond vert à la VR 

Il y a quelques années encore, la réalité virtuelle (VR) représentait le stade le plus avancé de l'innovation technologique en matière de programmes audiovisuels. La mode est passée, même si la VR continue d'être utilisée ponctuellement, en complément. « La VR est dans un creux de vague, sans doute parce qu'elle est très hypothétique en termes de succès d'audience et qu'elle ajoute des coûts. Aujourd'hui, on est plutôt sur des applis VR d'accompagnement de flux ou de promotion, comme TF1 l'a fait pendant le Mondial de football », note Philippe Bailly. 

« En VR, on voit surtout des projets hybrides », abonde Fiona Bélier, secrétaire générale de La Fabrique des formats, dont la mission est d'encourager le développement de formats TV. Parmi les projets qu'elle accompagne, celui du producteur François de Carsalade, Le Sens des prédateurs, qui en plus d'un documentaire pour la télévision prévoit une expérience VR additionnelle pour entrer dans la tête des animaux prédateurs. « Le faible taux d'équipement des foyers freine beaucoup la VR », reconnaît Fiona Bélier. Rare exception, l'émission de déco proposée au Royaume-Uni par BBC2, Your home made perfect, qui utilise la VR pour permettre aux candidats dont la maison va être relookée de voir le rendu final. Et si la réalité augmentée semble davantage s'imposer que la VR sur les plateaux télé, comme dernièrement dans les JT des principales chaînes françaises, « ça reste de l'infographie en 3D sur fond vert, on n'est pas dans une rupture », tempère Philippe Bailly.  
Dans les modes narratifs aussi, les avancées technologiques ouvrent de nouvelles voies. Parmi les formats présentés à Cannes par The Wit lors de sa traditionnelle conférence « Fresh TV », You vs Wild, la nouvelle émission interactive de Netflix, mise en ligne le 10 avril. Comme dans l'épisode événement de la série Black Mirror, Bandersnatch, lancé le 28 décembre 2018, You vs Wild propose au téléspectateur de choisir la suite qu'il veut donner au programme. Mais contrairement à Bandersnatch, il ne s'agit pas ici de fiction mais d'un programme d'aventures, présenté par l'alpiniste télégénique Bear Grylls. Tout au long de l'émission, il demande au public de choisir s'il doit gravir telle montagne, suivre un singe ou grimper dans l'arbre, manger cette larve... « C'est un changement intéressant pour Netflix, avec 173 nouveaux programmes “non-scripted” depuis janvier 2018 », souligne Virginia Mouseler, cofondatrice de The Wit. 
Pour autant, « l'interactivité n'est pas indispensable. Une émission comme The Voice n'a pas besoin d'être interactive pour plaire au gens », ajoute Bertrand Villegas. Selon lui, « la seule interaction qui fonctionne à la télé, ce sont les votes par SMS ou au sein d'une appli. Les jeux qui ont voulu rendre le concept techno-dépendant se sont plantés ». Parmi les rares exceptions encore à l'écran, Quiz Duel, diffusé en Allemagne, qui propose aux téléspectateurs de répondre depuis leur canapé aux questions posées en direct en plateau. Même concept pour le jeu danois All against one, diffusé par France 2 en 2018 sous le nom Seul contre tous et présenté par Nagui. « On a dépassé les soucis techniques des débuts », assure Cécile Bertrand, responsable d'études et de clientèle chez Eurodata TV. Dans toutes les têtes, les nombreux bugs qui avaient accompagné le lancement en France de Rising Star en 2014, ce concours de chant dans lequel les téléspectateurs votaient en direct via une appli ad hoc et dont les photos apparaissaient en temps réel sur un écran géant en plateau. « Aujourd'hui, c'est quelque chose de complètement intégré et naturel », ajoute Cécile Bertrand. 

Match parfait

Autre avancée technologique utilisée en télévision, les algorithmes. Dans les programmes de dating, il n'est pas rare que les producteurs fassent appel à ce type d'outils pour trouver le « match » parfait, à la manière des sites de rencontres. C'est notamment le cas de l'émission diffusée sur M6, Mariés au premier regard, adaptée du concept danois Gift Ved Forste Blik. Les Britanniques de Channel 4 ont poussé le concept plus loin avec Personal dater, qui met en compétition le partenaire idéal trouvé par un algorithme et celui que propose un ami du candidat. « Dans toutes ces émissions, l'algorithme n'est généralement pas seul. Il est accompagné d'experts », relève Cécile Bertrand. 
La miniaturisation des caméras et les progrès techniques qui l'accompagnent, notamment en termes de retransmission, ont également permis de faire naître un nouveau type d'émissions en direct. C'est le cas d'Operation Live, diffusé au Royaume-Uni par Channel 5, qui propose de suivre une opération médicale, qu'il s'agisse d'une césarienne ou d'une opération du cœur. Dans Yellowstone Live, la chaîne National Geographic emmène quant à elle les téléspectateurs américains dans le célèbre parc du Wyoming pour suivre, là aussi en direct, le comportement des animaux qui y vivent. « Les nouvelles technologies permettent désormais de faire du live dans des domaines où c'était moins évident que le sport par exemple », estime Cécile Bertrand. Sans parler de la 4K et bientôt de la 8K, dont les bénéfices ont été présentés par Sony au MIPTV, et qui promettent encore de belles heures au documentaire. Contrairement à Jim Carrey dans le film Truman Show, la télévision n'est pas près de toucher les frontières de son monde.

La blockchain au secours des ayants droit

Dans les allées du MIPTV, trois sociétés proposaient aux sociétés de production et aux chaînes des solutions reposant sur la blockchain. Parmi elles, Decent Media Group, qui a annoncé à cette occasion un partenariat avec Muvi, un fournisseur de plateforme OTT clé en main. « Dans le secteur des médias, la blockchain peut faciliter le micro-paiement et permettre aux ayants droit d'être payés immédiatement et non dans six mois comme avec Netflix. Ça permet aussi de tracer le contenu et les droits qui y sont associés dans les différents pays », détaille Michal Géci, directeur général.

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