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Mobilis in mobile

Capitaine Decaux

02/06/2016 - par Stéphane Distinguin, président de Fabernovel

Goodbye, capitaine au long cours, figure de roman à l'origine d'inventions qui ont transformé la ville.

Nous ne nous serons jamais rencontrés.

Vous étiez avec le groupe qui porte votre prénom et votre nom à l’origine de deux de mes innovations préférées: l’Abribus et Vélib. Et dans une époque qui veut remplacer Steve Jobs par Elon Musk, je sais que Jean-Claude Decaux va nous manquer.

 

Une saga

J’avoue, j’aime les sagas et le capitalisme romantique. Depuis Les Illusions perdues jusqu’à l’excellent Chapitres de la chute, l’histoire des Lehman Brothers mise en scène jusqu’à ce dimanche au Théâtre du Rond Point. L’histoire de JC Decaux se raconte comme un roman: le jeune Jean-Claude est rebelle, et quand ses parents lui confient leur boutique de chaussures de Beauvais, il la transforme, parce qu’il a déjà compris la force de la publicité et de l’affichage.

 

Une invention

Vient ensuite le coup de génie. L’Abribus. Cette marque déposée, dont on pense souvent qu’elle appartient à la RATP ou aux opérateurs de transport en commun. Jean-Claude Decaux avait saisi le premier ou mieux que tous les autres que les collectivités souhaitaient du mobilier urbain propre, fonctionnel, beau si possible. Leurs usagers attendaient les mêmes qualités. Collectivités comme usagers ne voyaient (le plus souvent) rien à redire à ce que des annonceurs en financent l’installation et l’entretien en échange de l’affichage de leurs publicités. Et comble de l’alignement et miracle de modèle économique, les annonceurs partageaient les mêmes aspirations pour valoriser leurs produits et leurs créations: propreté, fonctionnalité, esthétisme.

Plus tard, on parlera de marchés bifaces, Internet reprendra à son compte et à son échelle ce triptyque annonceur-espace-usager…

 

Une obsession

En «business school», on rationalise a posteriori. Quand on parle d’innovation, c’est quasiment toujours le cas: incrémentale ou rupture, bien sûr, c’était évident, ça a marché «pour ça». Quand on fréquente les start-up et qu’on voit le nombre de bonnes idées qui circulent, on comprend vite que ce n’est pas sous la douche ou même dans une salle de réunion que les plus belles trajectoires se tracent. Steve Jobs, grand partenaire du géant de l’affichage qui est le seul à avoir obtenu que JC Decaux déroge de ses plans d’affichage hebdomadaires pour les sorties de ses produits, assumait ses obsessions pour en faire le fondement de ses succès. L’obsession de l’excellence, dans les moindres détails, c’est certainement ce qui fait la différence. JC Decaux est une entreprise incroyablement obsédée par la propreté. Pour le comprendre, il faut avoir visité ses sièges de Neuilly ou de Plaisir, avoir eu la chance de se faire laver son véhicule entre deux réunions, avoir abandonné toute envie de lancer un concours de pokemons géants en post-it sur les fenêtres du superbe immeuble conçu par Ricardo Bofill. En tant qu’entrepreneur, je respecte, j’admire cette obsession. Elle est fondatrice. Le coup de génie dans le coup de génie de l’Abribus c’est l’espace qui permet aux feuilles de glisser avec le vent pour ne pas s’amonceler comme chez les concurrents… Et nous le savons tous, un abribus, mais aussi une sanisette, ou tout élément de mobilier urbain, ça ne vaut que si c’est propre !

 

Paris

JC Decaux a une relation particulière avec Paris. Son showroom et sa rampe de lancement. La plupart de ses grandes inventions ont été lancées, en tout cas propulsées après de premières expérimentations, depuis Paris. JC Decaux a contribué au rayonnement de Paris comme très peu d’entreprises et d’entrepreneurs ces cinquante dernières années. Paris est le premier écosystème au monde en termes de services urbains – pensez à SNCF, RATP, Transdev, Veolia, Suez, EDF, Engie, Bouygues, Vinci, Nexity, Unibail, Indigo, etc. –, le revendiquer et tenir ce rang force la reconnaissance de toute une nouvelle génération d’entreprises et d’entrepreneurs.

 

Internet

Enfin, je gardais mon préféré pour la fin. La communication extérieure est le secteur de la publicité qui a résisté le mieux ces dernières années à internet. Mais Jean-Claude Decaux ne s’en contentait pas. Les aéroports et de grandes acquisitions ont permis au groupe d’émerger comme le leader mondial du domaine. Mais ça non plus, ça ne suffisait pas. La plus belle innovation avec l’Iphone – saviez-vous au passage qu’ils sont nés comme deux frères avec 15 jours d’écart –, c’est Vélib. Et c’est JC Decaux qui l’a inventé. J’en parle d’autant plus facilement que, dans mon garage, j’avais conçu un système concurrent sur la base de brevets de la Deutsche Bahn. Vélib reste pour toujours le projet qui a changé notre ville, montré qu’un modèle alternatif d’usage (sharing economy, you know) et de financement était possible. Le projet qui a donné de nouvelles lettres de noblesse au numérique qui quittait enfin les seuls écrans. Car Vélib, Nautilus de surface, reste le meilleur exemple de tranformation numérique. Mobilis in Mobile, cette chronique et la devise du Capitaine Nemo.

 

Capitaine Decaux, sur un Vélib ou en rechargeant mon Iphone dans un Abribus, je penserai encore souvent à vous.

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