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Elections américaines: colère 1 – data 0

17/11/2016 - par Emmanuel Bachellerie, directeur du pôle institutionnel de Thomas Marko & Associés

Les datas devaient être le sésame pour accéder à la Maison-Blanche. L’élection de Donald Trump a montré qu’il n’en était rien.

La campagne de Barack Obama, en 2008, devait être le brouillon. Celle de 2012, la confirmation. Celle d’Hillary Clinton, en 2016, serait l’apothéose et le triomphe des big datas, méthodes modernes, à la limite de la vérité absolue, de ciblage des électeurs. Collecter des données, puis les analyser pour renseigner sur les désirs, les volontés ou les inappétences des votants devait être la clé – majeure – de succès pour l’élection du 45e président des Etats-Unis. Ce fut tout le contraire…

Le vainqueur, Donald Trump, a ratissé le pays de fond en comble pour ressentir le territoire, les désirs de ses citoyens et, surtout, leurs colères. Il leur a parlé des élites, des échecs industriels, de la prééminence des banques et de l’incapacité de l’administration à endiguer les flux migratoires. Le fit-il en mentant? En permanence, sans honte. Enfin, il n’a pas commis l’erreur de son adversaire qui, elle, a trop largement stigmatisé, dans une posture morale, l’infréquentable Donald.

Crash général

Comment quelqu’un d’aussi vulgaire, inculte, misogyne et homophobe pouvait occuper le bureau ovale pendant quatre ans? Impossible, car heurtant les valeurs constitutives du pays de l’oncle Sam. Sur ces arguments, le parti de celles et ceux qui disent savoir et connaître s’est fait laminer. Dans des proportions qui interrogent:

– sur les instituts de sondage. Si, en France, les sondés sont massivement consultés en ligne, les Etats-Unis pratiquent encore la sollicitation téléphonique. Problème: une part croissante des électeurs échappent au radar des instituts compte tenu d’une décroissance, comme partout dans le monde, d’abonnés à une ligne fixe. Par ailleurs, la dynamique des électeurs «cachés» – déclarer une intention de vote contraire à celui déposé dans l’urne – semble avoir battu son plein. Enfin, l’extrême complexité de l’agrégation des dizaines d’études à effectuer, comté par comté, puis Etat par Etat, pour ensuite croiser les données recueillies et les analyser, a mené au crash.

– sur les datas. Si ces données si précieuses le sont pour entériner ou infléchir, à la marge, une posture politique, elles deviennent dangereuses quand elles se mettent à guider l’aspect programmatique du ou de la candidate à l’aune d’une portion – seulement – des citoyens interrogés. Re-crash.

– sur le prédictif. Forts de données moulinées dans tous les sens et d’algorithmes derniers cris, certains médias, comme The New York Times et The Huffington Post, n’ont pas trouvé mieux que de vouloir lire l’avenir en se transformant en Madame Irma: le premier annonçait ainsi qu’Hillary Clinton avait, la veille de l’élection, 90% de chances de gagner. Crash again. Game over.

Mais il y a autre chose. Le succès de Donald Trump devrait finir de nous interroger. Vous qui lisez Stratégies et êtes en train de parcourir ces lignes, auriez, probablement et majoritairement, comme moi, été du côté d’Hillary Clinton. De ce monde que Christophe Guilluy, notamment, décrit en 2010 dans son livre Fractures françaises et tout récemment dans Le Crépuscule de la France d’en haut.

Des avertissements répétés

Le fossé entre celles et ceux qui, globalement, profitent à plein de la mondialisation ne cesse de se creuser avec celles et ceux qui, en activité ou au chômage, étouffent. Déjà, lors du référendum de 1992 autour du traité de Maastricht, le «oui» à un espace européen doté d’échanges commerciaux libéralisés, d’un projet de monnaie unique et d’une absence de frontières l’avait emporté d’une courte tête (51,04%). Treize ans plus tard, ce sera le «non» au référendum de 2005 en France sur la constitution européenne (54,68%). Qu’à cela ne tienne, les gouvernants amendent le texte à la marge, le reformulent, et le font adopter par le Congrès du Parlement (Assemblée et Sénat). Les dernières élections européennes, en 2014, ont vu le Front national écraser le scrutin recueillant près de 750 000 voix de plus que l’UMP, arrivée deuxième. Près du double des voix du PS, arrivé troisième. Outre-Manche, le référendum du mois de juin dernier sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne voyait le Brexit («British Exit») l'emporter, avec 51,9% des voix. Enfin, Trump la semaine dernière. Que faut-il d’autre en guise d'avertissement?

Alors? Nous qui conseillons, chaque jour, les dirigeants d'entreprises de toute taille, nous qui côtoyons quotidiennement les médias, nous qui, enfin, pouvons croiser les responsables politiques, qu’attendons-nous pour nous réveiller collectivement? Avec eux. Pour celles et ceux à qui plus personne ne parle. Pour nous, aussi. Pour la France, surtout.

Le chemin est désormais étroit. L’histoire nous a appris que les cycles étaient toujours les mêmes. Un climat économique fragilisé engendre, mécaniquement, des crispations identitaires, puis son lot d’épouvantables drames. Si, collectivement, nous ne prenons pas conscience du danger qui rôde, alors, nous n’aurons pas été intelligents. Parce que sourds aux enseignements de l’histoire, bien plus importants que ceux des datas.

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