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Création d'entreprise

La fin du tabou de l'échec en entreprise

21/08/2014 - par Capucine Cousin et Gilles Wybo

Soirées Failcons, «Fuck up night», conférence du rebond… les événements consacrés à l’échec entrepreneurial se multiplient, et les mentalités évoluent, peu à peu. Enquête.

Article initialement publié en avril 2014.

 

L'échec fait recette: jeudi 13 mars au soir, ils sont près de 200, debout dans la petite salle dans l'espace de «coworking» Dojocrea, à deux pas de la Place de la République, à Paris. Un verre de bière ou de rhum à la main, dans une ambiance décontractée, ces jeunes actifs, à peine trentenaires, assistent à la soirée «Fuck up night» (littéralement «soirée foirages»). L'idée: des entrepreneurs viennent y raconter leurs échecs, mais surtout les leçons qu'ils en ont tirées, et comment ils ont su rebondir.

 

Cet événement est loin d'être isolé. Depuis janvier 2011, Roxanne Varza, en charge des initiatives avec les start-up chez Microsoft, a importé en France les Failcons, des conférences d'une journée dont «l'objectif est d'avoir des intervenants qui peuvent raconter un échec ou une erreur personnelle», mais surtout «montrer ce que l'on a appris, comment on a rebondi, ou comment éviter de revivre la même situation», explique-t-elle.

 

Autre lieu, même sujet de préoccupation lors de la Conférence «du Rebond» qui s'est tenue le 13 janvier, à Sciences Po, où Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l'Economie numérique, a signé une «Charte du rebond entrepreneurial» avec quatre associations (60 000 Rebonds, Re-créer, Second Souffle, SOS Entrepreneur), et l'Association des Régions de France. La ministre rappelait une sinistre statistique: «Un Français met huit à neuf ans pour se relever après un échec professionnel, un Allemand, six ans, un Norvégien, moins d'un an.» Il y a donc encore du chemin à parcourir pour que le droit au rebond devienne une réalité dans l'Hexagone.

 

Utilité de l'échec

 

La révolution est bien en marche depuis septembre dernier et la décision de Fleur Pellerin de supprimer le fichage Banque de France des entrepreneurs ayant connu un dépôt de bilan (lire l'encadré). Une décision loin de régler tous les problèmes, car les établissements financiers ont d'autres moyens de se renseigner sur un entrepreneur (lire le témoignage de Jean-Eric Valli) mais qui représente un premier pas. En parallèle, il y a une prise de conscience de l'utilité de l'échec comme en atteste la multiplication des événements qui lui sont consacrés.

A l'initiative des Fuck-up nights, Florian Lamache et Delphine Pinon.

 

Cette dernière a décidé d'inventer ces soirées après l'échec de sa propre start-up. «En sortant de Sciences Po, j'ai lancé Majolietombe.fr, spécialisée dans le funéraire. Mais j'ai dû la fermer, un an et demi après sa création, à la fois à cause d'un marché difficile à pénétrer, de contraintes logistiques, de dépenses inutiles», résume-t-elle. Elle espère pérenniser ce rendez-vous tous les deuxième jeudi du mois.

 

Si les mentalités évoluent, c'est parce que l'écosystème des start-up a atteint une certaine maturité. «En quinze ans, des générations d'entrepreneurs et de venture-capitalists ont eu le temps d'apprendre», souligne Charles-Henri Tranié, directeur associé de Jaïna Capital. Mieux, les jeunes créateurs ont plus de bouteille que leurs prédécesseurs. «Ils sont passés par les filières entrepreneuriat des écoles, et ont tiré des leçons de l'explosion de la bulle Internet en 2001», poursuit Charles-Henri Tranié.

 

L'échec peut être une étape importante sur le chemin de la réussite comme le rappelait Sébastien Forrest, fondateur d'AlloResto.fr (commande de restauration en ligne), lors des Fuck up nights: «Après avoir levé 3 millions d'euros en pleine bulle Internet - sans modèle économique réel - j'ai dû licencier 27 de mes 30 salariés en 2002, et racheter leurs parts à mes associés.» Aujourd'hui, la start-up affiche 44,3 millions d'euros de chiffre d'affaires, 47 salariés, et vient de s'offrir une vaste campagne publicitaire.

 

Evolution relative

 

Du côté des entrepreneurs du digital, la cause est entendue: l'échec a des vertus. «Ce qui est très valorisé par les fonds d'investissement, c'est le “presque échec”, un créateur d'entreprise confronté à une situation désespérée (management compliqué, crises de trésorerie...) et qui a su redresser la barre, note Olivier Mathiot, cofondateur de Priceminister, président de France digitale et business angel. Tout comme la capacité à changer de business model, plutôt que de s'accrocher à une activité qui ne décolle pas.»

 

Dans cette acception, l'échec devient synonyme de maturité et se transforme en compétence. «On regarde leur détermination pour être entrepreneurs, s'ils ont compris les raisons objectives de leurs échecs», confirme Charles-Henri Tranié.

 

L'évolution des mentalités serait toutefois à relativiser selon Patrick Robin, PDG de 24h et vice-président de France digitale: «Oui, cela progresse dans le digital et l'innovation, mais ce n'est pas le cas dans le reste de la société.» Ce que relève aussi Dimitri Pivot, président de l'association Second souffle, créée en 2012, qui aide les entrepreneurs à rebondir (300 membres): «Moi-même j'ai vécu un échec, en 2005, j'ai été obligé de céder ma société (mobiliers pour enfants): à l'époque cela a été un vrai frein, simplement pour retrouver un emploi, et je n'avais pas le droit au chômage. A l'inverse, en 2014, l'échec est presque à la mode, en particulier dans les entreprises du Net, qui sont sur des cycles de vie plus courts.» Les plus rétifs à cette évolution des mentalités: les banquiers. «Pas facile pour un entrepreneur d'ouvrir un nouveau compte professionnel quand il a déjà eu un échec», confirme Patrick Robin. Bientôt des soirées Fuck up night pour les banquiers?

 

Témoignage : «Pour les banques, vous êtes marqué au fer rouge»

Jean-Eric Valli, président du groupe 1981 (ex Sud Radio)

«J'ai racheté Sud Radio en 2005 et nous nous sommes placés en procédure de sauvegarde en 2010, pour Sud Radio et quatre autres sociétés du groupe, dont la holding. C'était une question vitale: la procédure de sauvegarde, c'est un outil qui permet de construire un autre business plan en ayant le temps. En novembre 2013, nous avons fini par céder Sud Radio à Fiducial et nous avons encore un plan d'apurement des dettes, jusqu'en 2020. Ce n'est pas infamant d'être en sauvegarde ou de vendre mais vis-à-vis des banques, il suffit qu'il y ait écrit «sauvegarde» sur l'extrait Kbis de la société, et c'est terminé, vous êtes marqué au fer rouge, il devient quasi impossible d'obtenir un prêt. Après il y a aussi la dimension morale de l'échec: est-ce que l'on se l'autorise soi-même? Or cela fait partie de la vie de l'entreprise de faire des erreurs, d'apprendre de ses mauvaises décisions et de les transformer en positif. Beaucoup de belles sociétés ont commencé par des échecs.»

G. W.

 

 

La fin du fichage banque de France

L'indicateur "040" qui recensait les dirigeants ayant connu un seul dépôt de bilan au cours des trois dernières années, a été supprimé le 9 septembre dernier. La suppression de ce fichage par la Banque de France s'est appliquée aux 144 000 chefs d'entreprise ayant fait l'objet d'une liquidation judiciaire, jusque-là référencés pendant cinq ans. La mesure a été portée par Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l'économie numérique, afin de permettre à ces entrepreneurs d'obtenir plus facilement un crédit auprès des banques. Cette mesure concerne uniquement les liquidations sans faute de gestion.

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