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On en parlera (peut-être) encore dans quarante ans

Prospective

20/10/2011

Imaginez. Transposez-vous dans le futur, en 2051 très exactement. L'Iphone aura été remplacé par un téléphone ultrafin et enroulable, le robot assurera les tâches domestiques, la protection de la vie privée sera devenue un luxe, nous roulerons en voiture électrique, après-pétrole oblige… Difficile de savoir dès aujourd'hui ce que sera notre quotidien dans quarante ans, quels objets ou services innovants aujourd'hui le seront encore. Car une innovation de rupture ne s'impose pas toujours dans le temps… Elle consiste à socialiser des inventions technologiques et ne trouve donc sa raison d'être que lorsqu'elle entre dans les usages. Pour durer, un produit ou un service doit trouver un marché et donc «s'inscrire dans quelque chose de connu pour l'utilisateur, dans son mode de vie», estime Stéphane Hugon, sociologue à l'université Paris Descartes et cofondateur de l'institut d'études Eranos. Bienvenue, donc, dans ce futur relativement proche, esquissé avec quelques objets ou thèmes qui font déjà débat.

Les médias sociaux. Facebook et Twitter seront démodés par d'autres, comme ils ont supplanté My Space et Friendster. Mais, indéniablement, les médias sociaux ont créé de nouvelles formes d'interaction entre des communautés d'internautes. «Il n'y aura plus une seule transaction qui se passera d'une “socialité”», pense Stéphane Hugon. Héritage des idéalistes qui planchaient ensemble sur des logiciels libres, des médias ou projets numériques enrichis par les contributions d'internautes ont éclos, de l'encyclopédie collaborative Wikipedia au cofinancement par les internautes de projets artistiques, via des plates-formes comme My Major Company. Des réseaux sociaux temporaires, en quelque sorte, autour d'un projet, qui vont se multiplier.

 
La protection de la vie privée en ligne. C'est la face cachée des médias sociaux. Jamais on y a autant partagé d'éléments de sa vie privée – et accepté de céder l'utilisation de nos données personnelles aux entreprises. Même si on a l'impression d'être dans des espaces protégés, où l'on partage des contenus avec des cercles d'amis, tels les «cercles» de Google+. Facebook, Twitter et You Tube permettent de partager en un clic un texte ou une vidéo avec les internautes. Et de rendre publique l'info la plus intime, puis la médiatiser. Cela est vrai, pour l'instant, pour les people. Mais il est déjà possible de retransmettre en direct, de partager «ce qui se passe dans une salle de classe, dans un bureau, une chambre à coucher, un restaurant. Sans l'accord de ceux qui seront ainsi exposés. Plus personne ne sera plus à l'abri de la curiosité des autres, s'il laisse un inconnu pénétrer dans son intimité», professait en 2010 Jacques Attali sur son blog. Pour lui, la vie privée, l'intimité et l'anonymat seront un luxe qu'il faudra payer pour conserver. Déjà, des «nettoyeurs du Net» proposent leurs services payants pour purger vos traces numériques, référencées sur des moteurs de recherche comme Google.

Les robots. En 2051, ils seront vigiles, enseignants, spécialistes du ménage, contrôleurs dans le train, pompiers… À mille lieues des fantasmes véhiculés par Metropolis, Terminator et autres figures dantesques. «Balthazar, mon fils, aura mon âge actuel le 13 mai 2056. Il vivra dans un monde complètement différent d'aujourd'hui, entouré des robots au travail et à la maison, assisté au quotidien de machines intelligentes», raconte Bruno Bonnell, ex-patron d'Infogrames-Atari au début des années 1990, passionné de robots. Pour lui, ils entreront dans notre quotidien, d'abord avec des robots ménagers, tel Roomba, qu'il commercialise avec sa start-up Robopolis. Mais, comme il l'affirme dans Viva la robolution (Editions JC Lattès), demain, les robots «de services» vont transformer notre quotidien. Pour lui, «le robot sera au service des malades, personnes handicapées et personnes âgées, ou affectés à des tâches pénibles, comme plongeur sous-marin, permettant l'exploitation de ressources inaccessibles à l'homme.»

Le transhumanisme. Elle est grande et élancée, ex-athlète hors pair et mannequin pour Alexander McQueen. Au détour d'un article du Monde du 21 mai dernier, elle tient un troublant discours: «Un jour, nous aurons des membres sous garantie avec option, des prothèses au choix dans nos armoires.» Aimée Mullins, Américaine de trente-quatre ans, née sans péronés, revendique son port de prothèses. Une esquisse de l'homme augmenté du futur, alors que la robotique, l'intelligence artificielle, la sélection génétique et la bionique débarquent dans les labos. Vous voulez savoir si votre futur enfant aura un QI de 150 et les yeux bleus? Des start-up sur le Net vous proposent déjà d'analyser votre ADN, telle 23AndMe, fondée par l'épouse de Sergey Brin, cofondateur de Google. Des radicaux en rêvent déjà: les transhumanistes, qui croient dur comme fer en la capacité des technologies à améliorer l'être humain. Ils ont déjà leur Singularity University, sur le campus de la Nasa dans la Silicon Valley. «La mort est inscrite dans nos gènes, certains sont persuadés, à moyen terme, qu'il est possible d'effacer cela», explique David Angevin, coauteur du roman Google Démocratie (Editions Naïve). En Grande-Bretagne, Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l'université de Reading, près de Londres, est devenu le premier cyborg, après s'être implanté des électrodes dans le bras reliées à son système nerveux, pour mieux comprendre les liens que pourraient à l'avenir tisser l'homme et la machine.


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