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Transformation

Innover sans tech… quelle audace !

25/03/2019 - par Cécile Guillou

La tech est présentée comme la voie royale dès qu’il s’agit d’innovation. Pourtant, il existe d’autres façons efficaces de se renouveler…

La transformation digitale est devenue une forme de diktat qui s’impose à toute l’entreprise, en particulier lorsqu’il s’agit d’innover. Pourtant, sans minimiser l’importance de la révolution numérique et le puissant levier de transformation que représentent les techs, on peut voir une forme de piège dans le fait que le digital soit aujourd’hui le sésame et la clé de voûte incontournable de toute nouveauté, de toute invention, de toute projection dans le futur. Cédric Ghozzi, directeur associé de Hi Consulting (BVA / Babel), n’hésite pas à parler « d’obsession » et de « bulles digitales » dans les Comex. Pour lui, les ressources, le temps et l’énergie consacrés aujourd’hui à l’innovation digitale le sont au détriment d’autres approches, d’autres façons d’inventer ou de réinventer un business. Et cette focalisation amènerait les entreprises à oublier certains fondamentaux, par exemple, la dimension intrinsèquement humaine, empirique, sensorielle et intuitive de tout processus d’innovation. « Les sciences du comportement nous enseignent aujourd’hui que l’homme n’a pas foncièrement besoin d’écrans, note-t-il. Une partie de plus en plus significative des consommateurs commence d’ailleurs à comprendre – ou plutôt à ressentir – à quel point le digital nous déconnecte de ce que nous en sommes venus à appeler la “vraie vie” ».

Ces idées qui march ent, sans IA ni Bots

Les exemples ne manquent pas d’innovateurs et d’innovations qui fonctionnent, qui créent de la valeur et font avancer concrètement le schmilblic et ce, alors que le digital – l’App, l’IA, le bot, la VR… – n’en sont ni l’alpha ni l’oméga. 

C’est le cas de Gérard Bellet et de son entreprise Jean Bouteille. L’idée : proposer aux magasins de proximité d’associer des fontaines de vrac liquide et des bouteilles en verre consignées. Créée ex nihilo en 2014, Jean Bouteille emploie aujourd’hui 20 personnes et a déjà déployé son concept dans 600 magasins en France, en Belgique et en Allemagne.

Autre exemple parlant : le « Bureau fertile », concept étonnant de simplicité (là encore) développé par les Jardins de Gally. Ou comment une entreprise bicentenaire s’appuie sur un savoir-faire horticole très ancien pour décupler la productivité de salariés. Enfin, la politique de ressources humaines particulièrement novatrice  – et efficace – de l’ESN française Norsys illustre combien il est intéressant pour un employeur, même dans le secteur du numérique, de miser avant tout sur l’engagement et le sens donné aux projets de vie de ses salariés.

Pourquoi avoir honte d’innover sans bling-bling ?

Il existe ainsi d’innombrables façons d’imaginer le futur sans prétendre faire le buzz au CES de Las Vegas. Cela peut consister à s’aventurer du côté de l’expérience humaine et du sensoriel, à créer du lien social, à rendre l’économie plus circulaire, à détourner des usages, à revisiter des savoir-faire anciens. Et surtout, souvent, à remettre l’humain au centre du jeu. « Aujourd’hui, les stratégies sont définies en tenant très peu compte des facteurs d’adhésion, d’appropriation et de mise en mouvement des clients et des collaborateurs, alors que ces facteurs devraient être leur objet même, » estime Cédric Ghozzi. 

En tout cas, de nombreux « explorateurs des possibles » démontrent que le digital n’est pas, loin de là, la seule voie d’innovation. Et si eux-mêmes, parfois, ont presque honte de se présenter comme des innovateurs – tant leurs idées, souvent simples et relevant d’une forme de bon sens, sont dénuées de sophistication technique –, ils ont bien tort…

Trois innovations, zéro digital

 

Jean Bouteille, le pari gagnant du vrac et de la consigne

Fils d’agriculteur (il s’apprête à reprendre l’exploitation familiale de Villers-Cotterêts dans l’Aisne), Gérard Bellet, 34 ans, s’inscrivait déjà dans ce qu’il appelle « l’écosystème de l’innovation écologique » lorsqu’il a créé Jean Bouteille, après une première vie professionnelle dans le monde de la finance et du contrôle de gestion. « J’ai senti le besoin de solutions concrètes qui permettraient l’émergence d’une société zéro déchets. C’est à partir de cette intuition, et avec le souci de créer quelque chose qui ait encore du sens dans 20 ans, que j’en suis venu assez rapidement à équiper des magasins de proximité de machines capables de distribuer en vrac toutes sortes de produits liquides, des machines associées à un système de bouteilles de verre consignées. » Jean Bouteille conçoit et assemble ses propres dispositifs, fournit les contenants et la logistique du système de consigne et propose même les matières (huiles, vinaigre, vins, lessives…), mais l’entreprise est aussi en discussion avec de très grands industriels qui voient dans ce concept une façon éco-vertueuse de diffuser leurs produits. Depuis que deux premières grandes campagnes d’installation à grande échelle avec des enseignes nationales ont permis d’éprouver le concept et ses déclinaisons possibles, l’activité se développe de façon continue. 

Et si Gérard Bellet, qui se fixe des objectifs de croissance « rapide mais maîtrisée », n’est pas un adepte des roadmaps à quatre ans et des grosses levées de fonds, il compte bien continuer activement à innover. Quitte à réajuster son concept et son offre. L’important, pour lui, est de rester fidèle à une vision, et la sienne est des plus claires. « Notre concurrent, c’est le préemballé à usage unique, et il est partout. Nous avons donc, nous aussi, vocation à être partout. »

 

Avec les Jardins de Gally, le bureau devient fertile

Descendants d’une longue lignée d’agriculteurs et d’horticulteurs franciliens, les frères Dominique et Xavier Laureau dirigent l’entreprise Gally, dont le vaisseau amiral est la ferme du même nom, attenante au Parc du château de Versailles. À partir d’un credo simple – tout le monde devrait pouvoir bénéficier des bienfaits de la nature –, ils ont considérablement diversifié leurs activités depuis les années 70. Horticulture, donc, mais aussi jardinerie, paysagisme, cueillette en libre-service, fermes ouvertes, décoration végétale événementielle…

« Pour l’essentiel, notre métier consiste aujourd’hui à aménager, à entretenir, et de plus en plus à animer des espaces de nature à l’intérieur ou à proximité immédiate du bâti, donc dans des environnements contraints qui mettent à l’œuvre notre fine connaissance de la technologie du vivant », explique Pierre Darnet, directeur marketing et développement commercial. L’entreprise a ainsi développé progressivement tout un savoir-faire autour du mobilier de bureau végétalisé. Pour le siège de la coopérative agricole InVivo, notamment, elle a imaginé des alcôves de travail construites autour d’un potager et conçus comme des cocons végétaux. Mais son innovation la plus « simplement spectaculaire » est probablement le concept du Bureau fertile, qu’elle a dévoilé à « Jardins, Jardin », aux Tuileries, puis mis en œuvre pour Challenger, le siège de Bouygues Construction à Saint-Quentin-en-Yvelines. Il s’agit d’une sorte de serre qui maximise le contact avec le végétal, grâce, par exemple, à une table dans laquelle est intégré un arbre. Conçu initialement comme un lieu dévolu à la détente à la convivialité, le Bureau fertile s’avère un espace de travail extrêmement propice à la créativité et à la création de liens. Le Codir de Bouygues Construction a même pris l’habitude de s’y réunir. « Sept autres bureaux ont été déployés sur le site et nous déclinons évidemment le concept pour d’autres usages et d’autres environnements, à l’extérieur comme à l’intérieur

des bâtiments. »

 

 

Pour motiver ses salariés, Norsys casse les codes

Norsys est une entreprise du secteur numérique qui emploie 550 personnes et fête cette année ses 25 ans d’existence. On lui doit notamment Ameli, le site de l’assurance maladie. Son modèle de développement est celui de la performance globale et elle entend se démarquer de la concurrence en prenant en compte dans ses décisions les dimensions économiques, mais aussi humaine, sociétale et environnementale.

« Nous tenons à nous montrer résolument pionniers sur les terrains du management et de la convivialité, souligne Mathilde Durie, directrice des ressources humaines. C’est ainsi qu’en 2012, nous avons créé notre propre festival de l’humour. Cela casse les codes habituels du management, mais cela s’avère un levier de performance très efficace et un formidable générateur de sentiment d’appartenance. » Le pôle Pirate (pôle innovation / recherche appliquée technologique) s’inspire des méthodes créatives des start-up. Il se propose de réinventer le monde de l’entreprise à partir d’une méthodologie en trois phases : amorçage / expérimentation / généralisation. De ce pôle est née, entre autres initiatives, la démarche Miroir : le collaborateur choisit lui-même, en toute liberté, son référent au sein de l’entreprise (il peut même s’agir de Sylvain Breuzard, le fondateur et PDG de Norsys). La société, qui s’est aussi dotée d’une Direction des arts et de la culture, mise beaucoup sur le théâtre ou la photo. Et comme elle ne fait décidément rien comme les autres, elle publie par exemple ses résultats d’absentéisme, qu’elle considère – à juste titre – comme un indicateur de performance tout à fait pertinent. Il se trouve que chez Norsys, cet absentéisme plafonne à environ 3 jours par an, contre 17 en moyenne dans le secteur privé. CQFD ?

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