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Arte diffuse depuis le 4 avril en prime time la série télévisée «Real Humans», qui met en scène des robots à l’apparence très humaine. Une nouvelle forme de science-fiction.

Il était une fois au royaume de Suède, une société où tout allait (presque) pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'omniprésence des «hubots» (contraction de «human» et «robot»), à l'apparence trop parfaite, qui commençaient à remplacer les humains dans les usines, les magasins ou dans les familles comme baby-sitters, allait pourtant y semer le trouble... Depuis le 4 avril, Arte diffuse tous les jeudis en prime time la première saison de la nouvelle série télévisée suédoise troublante, Real Humans (100% humain).
La campagne massive, conçue avec BDDP & Fils, qui accompagne le lancement de la série est à l'avenant. «Qu'avons-nous encore fabriqué?» Le slogan claque, tout comme les affiches placardées dans les métros de Paris et de Strasbourg (siège d'Arte). L'une, glaçante, montre une nuque dotée d'un port de clé USB. «Depuis début 2012, avec BDDP, nous avons décidé de concentrer notre communication, à budget constant, en l'axant sur la promotion de séries originales, deux à trois fois par an», résume Vincent Meslet, directeur éditorial d'Arte France. Comme elle l'avait déjà fait avec la saison 2 de la production danoise Borgen, ou avec Ainsi soient-ils. Logique: «Les séries nous permettent d'incarner la chaîne, de la sortir d'une image académique», poursuit-il. Real Humans, préachetée dès son tournage, sur la foi d'une simple bande-annonce, est d'ailleurs soutenue par Arte depuis ses débuts.

 

Plongée dans un futur possible

Série de science-fiction? Pas vraiment: ici, nul récit d'anticipation ou d'invention futuriste, l'intrigue se déroule dans un monde très contemporain, dans une ville suédoise, avec ses petits pavillons. Le seul élément qui relève du fantastique étant ces étranges hubots, lointains cousins des «réplicants» androïdes de Blade Runner et des personnages de Ridley Scott. Malgré leur apparence humaine, la démarche saccadée, les yeux clairs, les traits figés et la fameuse prise USB de ces hubots ne trompent pas. Ils sont vendus dans de grandes surfaces spécialisées, les «hubots stores», se rechargent grâce à une prise électrique et peuvent être reconfigurés via une tablette branchée sur le port de tête.

Le réalisateur, Lars Lundström, l'admet: «Je ne suis pas un fan de science-fiction. Nous n'avons pas créé de monde futuriste, nous avons préféré nous concentrer sur les relations entre humains et robots, et les problèmes que cela soulèverait », précise-t-il à Stratégies. Des problèmes divers: marché au noir de hubots, robots sexuels, parti extrémiste anti-hubots... Toute ressemblance avec notre monde n'étant bien sûr pas fortuite. Lars Lundström aborde des sujets comme l'alterité ou la discrimination. Mais la mise en scène frôle aussi le fantastique avec des hubots affranchis qui s'«humanisent»: ils apprennent à faire des blagues, à mentir...

«Avec ces robots-humains contemporains, le futur envahit le présent. Et cela permet de poser des questions traditionnelles, comme le rapport entre le maître et l'esclave», poursuit Vincent Meslet. Ainsi, un hubot, considéré comme un «véhicule motorisé» d'un point de vue juridique, refoulé à l'entrée d'une boîte de nuit est-il victime de discrimination? Un hubot «affranchi» aura-t-il les mêmes droits qu'un humain...?

En Suède, la série, diffusée sur la chaîne publique SVT, a retenu en moyenne 800 000 téléspectateurs par épisode. Elle a été vendue à une dizaine d'autres pays, en Europe du Nord mais aussi l'Australie et Israël. Et déjà une saison 2 est prévue, ainsi qu'un remake en anglais. Reste à voir si la série, indéniablement troublante, séduira en France.

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