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Chronique

La chaussette pare-balles

16/11/2020 - par Stéphane Distinguin, président-fondateur de Fabernovel

Se tirer une balle dans le pied, on n’en meurt pas, sans doute, mais c’est douloureux et  humiliant. Cette expression décrit bien la situation où la pensée n’est pas suivie du geste adéquat, où la maladresse est punie, où le défaut de maîtrise blesse.
Je pense à la nomenclature des produits dits de nécessité bien sûr, la nouvelle polémique de ce nouveau confinement. Je ne veux pourtant pas donner de leçon au gouvernement, nous sommes tous en cause, un peu comme quand on est bloqué dans un embouteillage. En mars, nous voulions tous courir dans les rues, en novembre, c’est l’achat du prochain Goncourt ou la re-re-lecture de La Peste qui nous obsède. Au printemps, on court, à l’automne on lit, à chaque saison l’interdiction est insupportable et toute l’année, on s’engueule. À raison sans doute. C’est vrai, c’est insupportable ces limites et ces catégories, elles sont par définition arbitraires. Mais ce n’est pas mon sujet. Ce qui m’intéresse c’est comment et pourquoi une décision tout à fait compréhensible finit dans une telle capilotade pour nous tous. 
Pour les générations futures ou les vies extraterrestres qui ne manqueront pas de me lire, je vais essayer de résumer la situation. Au premier confinement, une liste de produits de première nécessité est apparue, les livres et leurs librairies en étaient exclus et dans les faits, si on en souffrait, on ne s’en plaignait pas. On m’a dit que les syndicats professionnels qui représentent les librairies n’avaient pas tenu à ce que leurs commerces restent ouverts, pour protéger la santé des libraires mais aussi parce que leur activité aurait été déficitaire. Un deuxième confinement a été déclaré le 30 octobre. Entre-temps, deux événements majeurs se sont produits. D’abord, la conception de «première nécessité» et la liste des produits correspondants ont évolué, parce qu’on apprend mais aussi parce qu’on joue avec les règles. Ensuite, l’accélération des usages du e-commerce a été ahurissante. Et c'est Amazon qui en est le premier bénéficiaire. Amazon pour qui les livres sont pourtant devenus des produits parmi mille autres catégories mais qui reste toujours associé au livre et à la guerre du petit-commerce-de-quartier-le-plus-noble contre le grand-méchant-capital-dématérialisé-et-mondialisé.

Les librairies en résistance

Des librairies ont crié au scandale et appelé à la résistance. Elles ont facilement convaincu de la nécessité de leur commerce, et, en période de prix littéraires, quand les médias sont braqués sur le sujet et l’industrie littéraire très mobilisée, le feu est parti comme une traînée de poudre... un autodafé. Au même moment, des magasins qui vendaient des produits de première nécessité sont restés ouverts et ont continué à vendre des livres, aussi. C’est le cas des grandes surfaces, supermarchés et hypermarchés. Interdiction a été faite à ces enseignes de vendre les produits qui n’étaient pas autorisés – en cela la règle supposée plus contraignante du premier confinement devenait a posteriori plus permissive : en mars, elles vendaient des livres. 
La seule façon d’acquérir ces produits est donc désormais de les acheter en ligne. Et qui gagne à la fin ? Sans rien avoir fait d’autre que d’appliquer sa martingale, sans bruit puisque couvert par le bruit de notre mitraillette à se tirer des balles dans le pied ? 
Cela me rappelle la sortie de l’iPhone en 2007, quand la firme de Cupertino avait décidé pour son lancement d’une exclusivité avec un opérateur dans chaque pays et que le seul qui s’y était opposé pour de très louables raisons de respect de la concurrence, c’était la France. Moralité, distribué et subventionné immédiatement par tous les opérateurs, le pays au monde où la part de marché de l’iPhone était la plus forte, c’était la France.

Amazon dans le temps long

Alors regardons de plus près ce qui rend Amazon si fort et tâchons de retenir la leçon. C'est ce que nous faisons depuis toujours chez Fabernovel avec notre pratique des Gafanomics. D’abord, est-ce que le commerce n’aurait pas oublié que le client est roi ? Je veux bien pour des raisons patriotiques refuser d’acheter sur Amazon, mais avouons que leur service est redoutable pour ne pas dire infaillible. J’aime les libraires, je ne peux malheureusement pas dire « mon libraire », les deux derniers que j’aurais qualifiés comme tel ont fermé. Est-ce que le nouveau vers lequel j’ai reporté ma clientèle a appris de la fermeture des précédents, proposé des services qui me font renoncer à la facilité d’Amazon ? Désolé, non, et j’y aurais été sensible. 
Ensuite surtout, le long terme. Je ne vous demande pas de faire comme moi et de vous farcir les lettres annuelles de Jeff Bezos à ses actionnaires mais vous seriez surpris de voir comme le temps long, l’infrastructure, l’investissement sont son sujet, son obsession. C’est tout de même fou de se retrouver dans une situation où c’est un entrepreneur et une entreprise qui s’arrogent le long terme pendant que les États, ici le gouvernement français, réagissent au coup par coup, au cas par cas, accumulent les décisions parfois antagonistes, qui protègent certains, accablent d’autres, ou inversement. Et ce n’est pas faute, sur ce sujet  de la culture, d’avoir tous les ingrédients pour mener une politique souveraine et de long terme.
Un peu comme on attend le vaccin avec les gestes barrières, en attendant et pour éviter les balles dans le pied, tricotons nos chaussettes pare-balles : les sites e-commerces de proximité, la collecte des commandes dans les commerces ouverts, la solidarité entre distributeurs. Mais le coup d’après, à défaut du monde d’après dont on parle beaucoup moins lors de ce second confinement, est à trouver par le design de service et des politiques publiques de long terme.

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