Le team créatif idéal, le meilleur Grand Prix Stratégies, les grandes causes, Maurice Lévy... Autant de sujets qui ont inspiré les jurés du 40e Grand Prix Stratégies de la publicité.

Christophe Coffre, coprésident et directeur de la création d'Havas Paris: «Mon team créatif de rêve est Jim Jarmusch et William Blake, l'un est américain, l'autre anglais, les deux mères patries de la publicité. Avec ces deux personnages, on épouse quatre siècles. L'un est réalisateur et musicien, l'autre poète et peintre, on couvre la quasi-globalité des arts. Ils ont tous les deux un sens incroyable de leur époque. Ce n'est pas par hasard si dans Dead Man, le film de Jim jarmusch, Johnny Depp s'appelle William Blake.»

Baptiste Clinet, directeur de la création d'Herezie: «En tant que publicitaire, travailler sur les problématiques d'inégalités en France est hyper-intéressant, il y a encore un gros travail de fond à faire dans ce pays. Autre grosse problématique de notre génération, le réchauffement climatique. Si les agences réussissaient à alerter, voire même à trouver de vraies solutions techniques via, par exemple, le “design thinking” et l'innovation, ce serait formidable.»

Olivier Lefebvre, directeur de la création de Fred & Farid Paris: «Difficile de dire quel est mon Grand Prix Stratégies préféré. Chaque Grand Prix est le marqueur d'un temps. Il y a quelques années, il y a eu Intermarché avec “Les Fruits et Légumes moches”, c'était un vrai service pour inciter les gens à mieux manger. Celui de cette année [«L'Amour, l'amour» de l'agence Romance pour Intermarché] est sans doute un de mes préférés. La campagne de CLM BBDO pour Brandt en 2001 réalisée par Fred & Farid, mes présidents aujourd'hui, était une magnifique campagne parfaitement exécutée.»

Pascal Grégoire, fondateur et président de La Chose: «Sur Maurice Lévy, une anecdote court dans le métier: quand on perd une compétition contre Publicis, Maurice a dû passer un coup de fil! Plus sérieusement, Maurice, que les Anglais surnomment “Le Napoléon de la publicité” est un vrai capitaine d'industrie, il a fait de Publicis un des trois premiers groupes français. J'ai un grand respect pour ce qu'il a fait. C'est quelqu'un qui a très tôt intégré la révolution digitale. Il a une vraie vision stratégique. Un regret: Publicis n'est pas une référence en terme de création, comme elle devrait l'être. Ça va certainement arriver un jour.»

Guillaume Rebbot, directeur de création chez BETC: «Ma publicité préférée? Je citerais “L'Ours” de Canal+, c'est une bonne synthèse de tout ce que devrait être un Grand Prix: c'est populaire, humoristique et servi par une craft extraordinaire. Côté grandes causes, j'aurais plutôt un mini-coup de gueule: il y a une surenchère en ce moment dans la publicité sur les grandes causes, une sorte de course à la misère pour faire des prix avec parfois des “fakes”. Et les festivals vont dans ce sens en récompensant de moins en moins de vraies campagnes.»

Faustin Claverie, codirecteur de la création de TBWA Paris: «Quand je travaillais chez Publicis, je me souviens m'être retrouvé dans l'ascenseur, un matin, avec Maurice Lévy. Ce jour-là, un créatif était venu en short, j'ai vu que Maurice le regardait un peu d'un drôle d'air. Dans l'après-midi, il y a eu un e-mail pour toute l'agence interdisant de porter des shorts à l'agence (rires)

Alexander Kalchev, directeur de la création de DDB Paris: «De quelle grande cause la publicité devrait-elle se saisir pour être plus utile? Aucune! Nous avons tous envie de contribuer à de grandes causes et nous faisons déjà beaucoup de choses très bien dans ce domaine. Mais j'aimerais voir plus de projets sur nos clients du quotidien. En cela, le palmarès du Grand Prix Stratégies est bien, en mettant en avant des clients qui ne sont pas toujours faciles.»

Matthieu Elkaim, directeur de la création de BBDO Paris: «Le Grand Prix Stratégies qui me revient en tête est celui décerné à la Fnac pour la campagne de DDB, pleine d'insights extrêmement fins et bienveillants qui démontraient le rôle de l'enseigne en tant qu'agitateur culturel. Cette campagne n'a pas pris une ride.»

Olivier Altmann, cofondateur d'Altmann+Pacreau: «Ma campagne préférée parmi tous les Grands Prix Stratégies est celle d'Havas City pour Monoprix qui, pour la première fois, mettait en scène en affichage des packagings, qui étaient l'aboutissement d'un travail de fond de rebranding et de design. Cette campagne a marqué une rupture dans la publicité parce que, d'abord, c'était du design, ensuite accompagné d'un travail de rédaction avec un petit “insight on pack”. Finalement, la meilleure publicité pour la marque était de photographier ses produits communiquant.»

Gabriel Gaultier, président et fondateur de Jésus et Gabriel: «Maurice Lévy est quelqu'un pour qui j'ai une très grande estime, une personne qui a une très grande pudeur avec une parole mesurée. Si j'ai un regret, c'est de ne pas l'avoir mieux connu. Ce que je saluerais chez Maurice, paradoxalement, c'est la fusion qu'il a failli faire avec Omnicom, même si cela a été un échec. En tant que Français et publicitaires, nous étions tous très fiers de ce projet.»

Rémy Aboukrat, directeur de création chez Marcel: «Ma campagne préférée n'est pas une campagne, mais une série, celle de Canal+ avec “La Marche de l'empereur”, “L'Ours” et “Le Placard”. C'est quelque chose de mémorable. Cela va crescendo. On verra s'ils arrivent à se surpasser. On les attend au tournant maintenant!»

Pierrette Diaz, vice-pésidente, chargée de la création de Young & Rubicam Paris: «Il n'y a pas de team créatif idéal. En tout cas, je n'irai pas chercher des talents connus. Le team idéal, il n'y en a pas et il y en a plein. C'est d'être là au bon moment, au bon endroit et avec les bonnes personnes. C'est vraiment un métier de rencontres. Aujourd'hui, pour moi, plus qu'un team, ce serait plutôt un trio: un concepteur-rédacteur qui serait davantage un sociologue, un humaniste, un journaliste qui raconte des histoires; un directeur artistique, qui a une sensibilité visuelle, narrative; et une sorte d'ingénieur, de tête chercheuse en matière de technologies et d'innovation. Enfin, notre métier change, c'est vrai, mais pas tant que ça: il s'agit de raconter des histoires qui touchent les gens pour qu'ils en parlent.»

Emmanuel Lallevée, directeur de la création d'Ogilvy Paris: «Notre métier ne peut pas vraiment changer les comportements, il est plutôt là pour les amplifier. Pour l'écologie, par exemple, la question est de savoir comment on arrivera un jour à faire de l'argent avec l'écologie, à en faire un réel business. Les publicitaires peuvent aider à cela. Autre sujet: si je pouvais avoir le team idéal, j'aimerais avoir Rihanna d'un côté et Mathieu Kassovitz de l'autre, la première comme directrice artistique visionnaire, le second habité par des convictions fortes.»

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