Partageant son temps entre la France, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin, Hapsatou Doro est à la fois patronne d’agence et créatrice d’événements dans le luxe ou le monde diplomatique.

L’échange se déroule par écrans interposés. Ce 20 octobre, Hapsatou Doro, fondatrice de Digital Society, une agence de communication basée en France et en Côte d’Ivoire, est à Abidjan pour préparer le Forum des Métiers du Luxe. Le but de cette manifestation, qu’elle a créée il y a trois ans et dont la prochaine édition se tient en décembre, est de faciliter les échanges entre professionnels des continents africain et européen. À moins de deux mois du jour J, où 400 participants sont attendus, Hapsatou Doro est sur tous les fronts : négociations avec les sponsors – pour l’instant, le groupe bancaire fondé au Gabon BGFI et le joaillier ivoirien AC by AC ont répondu à l’appel –, peaufinage de la communication, gestion des imprévus… Pour cette entrepreneuse d’une trentaine d’années, pas question de chômer.

Organiser des événements, voilà ce qui l’anime. Elle a la volonté à la fois de répondre à des besoins, de décupler « l’intelligence sociale » et d’être là où on ne l’attendait pas. « En 2011, j’arrive à Paris. J’ai compris qu’il fallait se démarquer pour intégrer les hautes sphères », relate-t-elle. Elle lance un webzine, Ekyra, sur la beauté et la mode, ce qui lui permet d’être invitée à des événements chez Mugler, Clarins, L’Oréal… « J’ai voulu passer de l’autre côté de la barrière », constate-t-elle alors. Lancée en indépendante, elle organise son premier événement en 2018, dans un hôtel parisien, qu’elle place le dimanche pour se démarquer. Le bouche à oreille fait le reste et d’autres marques font appel à elle.

Le covid, au lieu de stopper son activité, la porte dans une autre direction : elle part en Afrique pour deux entreprises du luxe qui souhaitent renforcer leur présence au Sénégal et en Côte d’Ivoire. « Je ressens pour la première fois le besoin de concilier mes deux identités : française et sénégalaise », témoigne-t-elle. C’est là que son activité prend un tournant. « Je ne connaissais pas la Côte d’Ivoire, ni personne dans le pays. Je suis arrivée avec mes valises et 20 000 euros en poche », replace celle qui met en avant son « côté guerrière, qui ose ». Elle se forge un nouveau réseau, découvre un vivier entrepreneurial dynamique. Aujourd’hui, elle passe la moitié de son temps à Paris et l’autre à Dakar, Cotonou, Abidjan…

Si son équipe est essentiellement africaine (dix personnes à Abidjan et cinq à Paris), son chiffre d’affaires reste à plus de 50% réalisé à Paris (488 000 euros en local), notamment car « les budgets communication en Europe sont plus importants ». Elle crée le Forum et un an plus tard, s’immisce dans le monde diplomatique en lançant des dîners d’affaires dans les ambassades africaines. L’un d’eux a lieu à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron au Gabon début 2023. Pour la suite, elle envisage de lancer un « projet à impact social, dans la formation », pour « renvoyer l’ascenseur », sur un continent dont 70% de la population a moins de trente ans.

Parcours

1990. Naissance à Sainte-Adresse, près du Havre.

2011. Crée un webzine, après un BTS Commerce international.

2018. Se lance dans l’événementiel en indépendante. 

2019. Organise son premier événement au Sénégal, pour la marque Illy Café.

2020. Fonde son agence Digital Society.

2021. Crée le Forum des Métiers du Luxe à Abidjan (Côte d’Ivoire).

2022. Organise son premier dîner dans une ambassade africaine.

13 et 14 décembre 2023. Troisième édition du Forum des Métiers du Luxe à Abidjan.