Président et cofondateur de Simplon.co, Frédéric Bardeau est aux premières loges de la révolution liée à l’IA générative. Il mise sur son rôle d’intégrateur social pour défendre ses écoles.

En recevant, ce 31 mai, son prix de l’audace en « marketing et communication » de HEC Alumni, Frédéric Bardeau, président-cofondateur de Simplon, se tient humblement en retrait sur la terrasse des bureaux de Sortir à Paris, avenue des Champs-Élysées. Ses colauréats se nomment Arthur Sadoun (Publicis), Stéphane Courbit (Banijay), Vincent Wauters (Rossignol)… « Ça m’a réveillé mon petit syndrome de l’imposteur, sourit-il. Je savais que j’étais entreprenant, entrepreneur, j’ignorais… ».

Pourtant, celui a qui a créé en dix ans 121 « fabriques » de formation au numérique dans 27 pays, est bien un entrepreneur hors pair de l’économie sociale et solidaire. Depuis 2013, où il a commencé à importer dans un ancien studio de cinéma de Montreuil les bootcamps à l’américaine en les proposant gratuitement à des gens éloignés des métiers du digital, il a formé au code et au développement web pas moins de 30 000 personnes et en forme désormais 7 000 chaque année. Parmi eux des seniors, des femmes, des personnes en situation de handicap, des décrocheurs scolaires ou des réfugiés.

Bootcamps et inclusion

Fils de poissonniers de Montmorillon, à côté de Poitiers, diplômé de Sciences politiques, Frédéric Bardeau croit en la méritocratie républicaine et la mixité sociale. Des valeurs qu’il a expérimentées lors de son service national et qui l’incite d’abord à tenter Saint-Cyr, où il est reçu major de sa promotion, puis la DGSE dont il réussit là aussi le concours. Mais il démissionne de l’école d’officiers, peu friands de donner des ordres comme d’en recevoir, et doit renoncer à une carrière d’espion après une enquête de sécurité qui révèle sa participation à un village anarchiste, lors du G8 d’Evian, en 2003.

Il a alors l’idée de rejoindre une agence qui intègre très vite le groupe DDB et qui recherche un spécialiste des matériels militaires pour rédiger des communiqués sur Eurosatory, salon de l’armement de Versailles. Suivent Publicis et McCann avant qu’il ne décide de cofonder l’agence Limite, tournée vers les ONG, en 2008. En 2011, il sort un livre sur les Anonymous qui lui fait prendre conscience que les hackers ne veulent pas partager leur savoir. Prof au Celsa en innovation numérique, il rencontre alors deux étudiants qui lui donnent l’idée des bootcamps. À la différence de l’Ecole 42, née au même moment, Simplon forme par l’inclusion en six mois en moyenne (et non en près de deux ans) à travers le face-à-face pédagogique avec des profs.

Quel avenir à l’heure de ChatGPT ? Une formation récente délivrée par Frédéric Bardeau à DDB s’est terminée par l’idée que les clients pourraient se passer d’agence. Quid des 17 métiers techniques de Simplon, qui vont de la programmation à la data, l’IA et le web3 en passant par l’infrastructure (cloud, cybersécurité) ? « J’ai un peu arrêté de dormir depuis novembre, reconnaît Frédéric Bardeau, les IA codent de mieux en mieux. GPT4 remet en cause la manière dont on forme les développeurs et à terme, les métiers juniors sont en danger car substituables ». Or l’école forme justement ce type de profils. L’idée est de basculer sur des fonctions moins automatisables. « Pour l’instant, il n’y a pas mieux qu’un développeur pour faire cracher des trucs sympas à ces IA, mais après… ». Simplon mise donc sur le numérique responsable et son impact social de facilitateur d’inclusion comme de remise à niveau en termes de compétences. Pour l’heure, l’école affiche un taux de sortie positive de 78 % six mois après la formation.

Tim Cook à Montreuil

Véronique Saubot, une ancienne de Valéo recrutée en juin 2022 comme CEO, apporte aujourd’hui à Simplon une structure d’entreprise qui lui faisait cruellement défaut. Depuis un an, l’école est devenue rentable. Par deux fois, en 2015 et en 2018, elle s’est retrouvée au bord de l’asphyxie financière avant d’être sauvée par la Caisse de dépôts. Des pertes d’exploitation liées à la gratuité qu’il faut savoir financer par des organismes publics, des régions, des fondations ou des entreprises. Désormais président non exécutif, Frédéric Bardeau peut se consacrer entièrement à son rôle de « créatif, visionnaire, développeur » tout en présidant la fondation et ses programmes inclusifs comme l’apprentissage du français ou la distribution de 42 000 tablettes aux hôpitaux, à travers « Gardons le lien » pendant le covid. Il suit aussi l’international, notamment dans 14 pays d’Afrique, et les partenariats avec les Gafam qui apportent de l’argent, de la crédibilité et des débouchés. Simplon forme à l’IA avec Microsoft, réalise une académie de métavers avec Meta ou initie au développement sur mobile avec Apple, ce qui lui avait valu à la visite de Tim Cook à Montreuil en 2018.

« L’idée de l’entrepreneur audacieux m’amuse, complète Frédéric Bardeau, j’ai fait tout ce qu’on n’enseigne qu’il ne faut pas faire dans l’entrepreneuriat : aucun business plan, pas d’études de marché, l’internationalisation dans l’hypercroissance… ». Désormais, l’homme rêve que Simplon « contamine » le système éducatif et se sent « sur la ligne de crête » par rapport à l’empreinte écologique du numérique… De quoi motiver une nouvelle audace ?

Parcours

18 novembre 1974. Naissance

1992. IEP Toulouse

1996. DESS défense et veille, Paris Assas

1996-1997. École des troupes aéroportées

1998. DDB, consultant planning stratégique et crise

2000. Publicis Consultants, directeur associé Netintelligenz

2001. Weber Shandwick (Mc Cann), directeur « corporate practice »

2003. Trilogicom, fondateur-gérant d’une hotshop internet

2008. Cofondateur et associé de l’agence Limite

2013. Président et cofondateur de Simplon