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Bercy met la pression sur les entreprises pour la protection des données sensibles. Si beaucoup pensent que ce n’est pas assez, d’autres semblent fuir l’ampleur de la question.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et son nouveau délégué à la transition numérique et des télécommunications, Jean-Noël Barrot, ont profité de leur voyage au nouveau data center OVH de Strasbourg, terrassé par un incendie en 2021, pour « réaffirmer la stratégie nationale pour le Cloud ». Face à l’augmentation continue des menaces de cybersécurité, l’exécutif voit dans l’établissement d’un cloud français un enjeu de sécurité, de souveraineté et d’accélération de la transition numérique. Mais les embûches sont nombreuses. Pour la sécurité, Bercy veut aider financièrement les entreprises à obtenir le visa SecNumCloud, établi par l’Anssi [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information], qui garantit un minimum de bonnes pratiques en matière de sûreté informatique. Mais il est complexe à décrocher. L’effort financier du ministère tend à lever un premier frein pécuniaire.

Mais le parcours est plus escarpé en ce qui concerne le marché mondial du cloud, largement dominé par Amazon (AWS), Google et Microsoft. L’absence de géant français (ni même européen) pose un problème de fond en matière de sécurité des données sensibles. La loi d’extraterritorialité, permettant aux États-Unis d’avoir accès à n’importe quelles données stockées par une société américaine où que le serveur se trouve sur la planète, reste un cul-de-sac juridique. Juste avant l’été, la Cnil a clarifié sa position en réaffirmant que Google Analytics était un problème pour cette raison. Au point que le site du journal Le Monde a changé de plateforme courant juillet 2022. Mais même si les négociations européennes en cours pour un nouveau traité d’accord transatlantique aboutissent, elles ne changeront pas le problème de fond. L’Europe n’a aucune solution concurrente en matière de cloud. « Aujourd’hui, si une entreprise doit faire des millions de traitements à la volée et communiquer de larges volumes de data en quelques secondes, il y a une dissymétrie de taille qui fait que les solutions américaines sont les plus performantes », estime Cyril Vart, vice-président exécutif de EY Fabernovel.

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À Strasbourg, Bercy a mis la pression sur les entreprises pour qu’elles favorisent les solutions françaises « sur la base du volontariat », arguant que les solutions existent. Une circulaire précisera bientôt les critères des données sensibles. Mais les ministres n’excluent pas « de passer par une voie obligatoire ». Seul hic : le cloud n’est pas qu’une question de stockage. « L’hébergement des données n’est que la couche sous-jacente la plus basse. Toute la valeur du cloud, c’est dans le traitement et des décisions qui ressortent in fine de toute l’analyse de la donnée. Et ces couches, du niveau du dessus, sur la performance de la donnée, personne n’en parle », continue Cyril Vart. Si la donnée est stockée sur un serveur français, mais traitée par une solution américaine, la donnée de sortie est soumise à l’extraterritorialité. Et c’est elle qui intéresse ! « Si les Gama [Google, Apple, Meta, Amazon] ont pu devenir si performants, c’est le fruit d’investissements colossaux sur de nombreuses années, ajoute Cyril Vart. Que le gouvernement bouge sur le sujet est une bonne chose. Mais il faut prendre conscience du chemin à parcourir ». Pas sûr que toutes les entreprises « clientes » mesurent l’ampleur du travail à fournir.

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