French Tech
Le secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques Cédric O a placé les sujets de la diversité et de la mixité au cœur de ses actions au sein de la mission French Tech.

L’entrepreneuriat français est-il assez diversifié et mixte ?

Cédric O. Non. La figure type du dirigeant de start-up en France est un mâle blanc diplômé d’HEC. La French Tech n’est pas encore représentative de la richesse de la population française et de nombreux talents sont laissés sur le bord de la route. Le problème réside à la fois dans le manque de diversité sociale – 71% des startuppers sont passés par une grande école de commerce ou d’ingénieurs, seulement 1% d’entre eux sont autodidactes – et de mixité – à peine un fondateur de start-up sur cinq est une fondatrice et les hommes reçoivent en moyenne 2,3 fois plus de fonds que les femmes... C’est un sujet très important pour nous, car cette tendance n’est favorable ni à l'écosystème, ni à la vitalité économique du pays, et encore moins aux entreprises elles-mêmes. Plusieurs études confirment que diversité et mixité riment avec performance et rentabilité. Selon le Boston Consulting Group, les entreprises dont l’équipe de direction présentent une diversité supérieure à la moyenne génèrent plus d’innovation (+19 points). Socialement aussi, il est nécessaire d’inclure des profils divers pour améliorer l’acceptation de la transition numérique dans tous les milieux. Pour autant, même s’ils restent insuffisants, quelques signes de progrès sont visibles. À l’instar de la part des start-up fondées par des équipes féminines ou mixtes, qui a augmenté de 4 points en un an.



Quelles actions la French Tech met-elle en place pour encourager la diversité ?

Au cours des derniers mois, de nombreuses mesures ont été portées. Tout d’abord, le programme French Tech Tremplin, qui accompagne des personnes issues de milieux socioéconomiques sous-représentés dans la tech (résidents en quartiers prioritaires, réfugiés ou boursiers des minima sociaux...) dans leur projet entrepreneurial. Actuellement, ce programme bénéficie à plus de 200 entrepreneurs qui sont incubés dans l’un des 113 incubateurs partenaires. De plus, ces lauréats ont également accès à une bourse d’un montant pouvant aller jusqu’à 30 000 euros destinée au développement de leur entreprise ainsi qu’à des opportunités de rencontres et d’échanges avec des acteurs de la French Tech. Il y a d’ailleurs 40% de femmes parmi les lauréats de cette année, ce qui montre que la French Tech regorge de femmes qui veulent entreprendre. Avec Élisabeth Borne [ministre du Travail], nous travaillons actuellement à l’amplification d’un autre outil essentiel pour renforcer la diversité dans la tech: la Grande École du Numérique. Depuis 2016, celle-ci a permis de former aux métiers du numérique près de 28 000 personnes dont 25% de femmes, 56% de personnes peu ou pas qualifiées en recherche d’emploi et 21% d’apprenants issus des quartiers prioritaires des villes. 



Qu’en est-il de la prise de conscience des entrepreneurs eux-mêmes ?

Il est primordial que les start-up de nos programmes French Tech Next 40/120, qui sont les grandes entreprises de demain, prennent position et montrent l’exemple pour le reste de l’écosystème. Et même si de belles actions ont déjà vu le jour, il convient de redoubler d’efforts. C’est pourquoi, j’ai demandé à la promotion 2021 du programme Next 40/120 de travailler, dans le cadre du «board impact», à l’élaboration de mesures concrètes pour renforcer la mixité et la diversité dans la tech. Les start-up seront épaulées par le collectif Sista, qui réduit les inégalités de financement entre femmes et hommes entrepreneurs, et par Tech Your Place, un mouvement qui permet aux start-up françaises d'évoluer vers un recrutement plus diversifié et des techniques managériales plus inclusives. J’attends avec impatience leurs propositions qui, j’en suis certain, auront un réel impact sur l’écosystème dans son ensemble. Si les start-up les plus emblématiques s’engagent, elles donneront envie à toutes les autres de le faire. 



Y a-t-il des territoires français non couverts par la French Tech ?

Il convient d’abord de rappeler que toute start-up française peut se revendiquer de la French Tech. C’est précisément parce que les entrepreneurs se sont saisis de cette marque commune qu’elle connaît un tel succès. En revanche, concernant les territoires, il y a  un système de labellisation avec actuellement treize «Capitales French Tech» et 99 «Communautés» (56 à l'international et 43 en France dont 5 en Outre-mer). La vitalité de la French Tech s’illustre dans toutes les régions françaises. Même s'il y a évidemment plus de sièges d’entreprises en région parisienne, on voit non seulement de très belles entreprises émerger en province, mais aussi désormais de nombreux dirigeants qui y installent des équipes, comme Doctolib à Nantes ou Mirakl à Bordeaux. La crise actuelle contribue d’ailleurs à accélérer ce mouvement. Par exemple, dans le classement du Next 40, le nombre de régions représentées a doublé grâce aux entrées de Kinéis pour l’Occitanie, de LumApps en Auvergne-Rhône-Alpes ou d’Exotec dans les Hauts-de-France. 



Existe-t-il des spécificités selon les régions ?

Absolument. Très souvent, l’histoire du territoire imprègne la couleur de la French Tech locale. Ainsi, la Capitale «French Tech in the Alpes» comporte de nombreuses sociétés deep tech [les start-up qui proposent des produits ou des services sur la base d’innovations de rupture], notamment en raison de l’influence du bassin grenoblois. Ou encore, la région Hauts-de-France, qui a une histoire textile et industrielle forte et qui accueille plusieurs jeunes pousses spécialisées à l’instar de la licorne Vestiaire Collective, tandis que la Bourgogne est très forte sur la foodtech, etc. Le numérique aujourd’hui, c’est entre 400 et 500 000 emplois partout sur le territoire, soit désormais plus que l’aéronautique. Les 120 start-up accompagnées par la mission French Tech prévoient à elles seules de créer 10 000 nouveaux emplois en 2021. Pouvoir compter sur la présence de start-up sur tout le territoire en France est une chance pour le dynamisme économique français dans son ensemble.

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