Blockchain
En trois semaines, il s’est piqué de NFT, et a lancé sa collection de pandas numériques, intégralement vendus en 24 heures. Gabriel Mamou-Mani revient sur cette opération qu’il a poussée encore plus loin.

En quoi consiste une collection de NFT ?

Gabriel Mamou-Mani. Ce sont des objets numériques dont un utilisateur peut être propriétaire en achetant le token non-

fongible associé. C’est-à-dire qu’il possède un NFT, inscrit dans la blockchain, qui est infalsifiable et non duplicable. Pour Panda Dynasty, nous avons produit 8 888 pandas, issus du même personnage, mais tous différents et uniques, avec des caractéristiques diverses, et qui constituent une « collection ». Ils sont tous réalisés par un algorithme.

C’est un algorithme qui les dessine ?

Nous dessinons un personnage principal et des caractéristiques : des accessoires comme des chapeaux, des habits, des couleurs, des arrière-plans… On appelle cela des « traits ». Puis les traits sont répartis dans des « classes de traits ». Pour Panda Dynasty nous avions dix classes de vingt traits chacune. Je simplifie un peu, mais ensuite, nous réalisons un algorithme qui va mélanger ces traits, et les produire.

C’est entièrement automatisé ?

Oui et non. Car pour obtenir les plus beaux, les plus funs et les plus « dope » [cool, stylé], comme on dit dans le milieu en anglais, on intervient sur l’algorithme pour interdire certaines combinaisons. On joue ainsi avec lui pour obtenir les résultats les plus étonnants. Le but est d’aboutir au plus surprenant, au plus rare. Cela, un robot ne peut pas le décider. C’est là que se situe le cœur du travail. Il faut donc allier un savoir-faire esthétique et un savoir-faire technique. Les Français sont très doués dans ce domaine et c’est pour cela qu’une grande partie des projets de collection de NFT sont réalisés par des Français, même si 70 à 80 % des clients sont situés aux États-Unis.

Que deviennent les pandas ensuite ?

Une fois qu’on aboutit à une collection qui nous plaît, nous réalisons un « drop », c’est à dire une mise en vente des Pandas. C’est un événement qui se prépare. On crée l’attente, un peu comme le lancement d’une édition limitée. Aucun membre de la communauté ne sait quel objet il aura, cela donne une dimension de surprise et de « fun » à l’achat. Chez nous, la quasi-totalité des pandas sont partis en 24 heures, pour 0,05 Ethereum chaque (environ 200 euros). Mais il faut savoir que seul

10 % des projets de collection aboutissent. La communauté peut alors garder son NFT ou le revendre sur le second marché, et c’est le « floor price », le prix-plancher, c’est-à-dire celui du panda revendu le moins cher, qui indique la valeur de la collection. Et ce prix varie en fonction de comment vous faites vivre l’idée.

C’est-à-dire ?

Vous ne pouvez pas juste faire la collection et partir avec l’argent. Un projet de collection se réalise dans une logique communautaire, propre au web. Vous échangez avec elle, avant et après le drop. Et il faut savoir écouter la communauté pour faire vivre le projet. Elle est multiple. Certaines personnes sont là dans une logique financière, et regardent tous les jours les différents indicateurs de prix, d’autres - la plupart – sont ici juste pour le fun. Pour sortir de leur quotidien, et se retrouver entre eux. C’est la culture du métavers, des avatars. Tout cela prend ses racines dans le gaming, les cartoons et l’univers des mangas. Les pandas sont typiquement des photos de profil dont vous êtes le seul propriétaire. Les avatars augmentent la valeur de votre profil en fonction de la valeur affective attribuée à Panda Dynasty. Comme une marque. D’où le travail sur la rareté des objets, sur le côté surprenant et l’esthétique. C’est un objet de collection, comme un original de bande-dessinée ou un jouet encore dans son emballage qu’on ne sort jamais.

Mais comment « faire vivre » la communauté ?

Pour ma part, j’ai lancé une grande chasse au trésor, deux mois après la vente, qui se déroulera jusqu'à début 2022. Tous les bénéfices que j’ai eus du drop sont intégralement reversés au projet. Toutes les deux ou trois semaines, vous avez une nouvelle épreuve à réaliser : des jeux en ligne, des énigmes dans la réalité… Vous gagnez des pandas qui sont autant de clés pour passer aux étapes suivantes. Il y a aussi un site e-commerce avec des produits dérivés.

Comment vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Un ami développeur m’a parlé de crypto et de ces différents projets cet été. Mi-août, je n’y connaissais rien, encore. Et trois semaines plus tard, je lançais le drop. Nous avons travaillé sans nous arrêter, avec une graphiste basée en Espagne. C’est elle qui m’a proposé différents personnages pour la collection. Très rapidement, tout cet univers m’a fasciné. Il ouvre la porte à tellement de choses ! La technologie blockchain déjà, mais aussi tous les projets, les univers qui peuvent se créer. Zed Run, par exemple, en Australie. Ils ont créé une collection de 38 000 chevaux en trois dimensions. Les utilisateurs peuvent les acheter, et maintenant ils organisent des courses, et d’autres utilisateurs peuvent parier sur les courses de chevaux virtuels. C’est tout un monde que vous créez autour de cela.

Votre collection a été vendue très rapidement. Qu’est ce qui a fait ce succès ?

Au début je pensais avoir eu un coup de chance. Mais je me rends compte au fil du temps et en conseillant d’autres personnes parfois, pour leur projet, que le succès d’une collection dépend d’un savoureux mélange. Des compétences techniques, que je n’avais pas forcément, des compétences graphiques, non plus, et aussi du marketing, ça c’est mon domaine. En vingt ans, j’ai monté différentes entreprises dans les jeux et le marketing mobile. Et ce que j’y ai appris, c’est la capacité à écouter une communauté de joueurs, et à savoir parler aux designers, aux développeurs etc. Manager tous ces profils différents. Tout ce mélange, je pense, bien dosé, a permis de voir les choses d’une manière particulière. Et surtout, je me suis amusé avant tout. Ce domaine ne peut pas fonctionner si on n’aime pas s’amuser.

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