Stratégie

Avec la confirmation par la Cour d'appel, le 17 décembre, de la décision du Tribunal de commerce de Paris refusant à Vivendi une assemblée générale extraordinaire de Lagardère SCA - et donc une nouvelle gouvernance -, Vincent Bolloré voit sans doute s’éloigner la perspective de mettre la main sur les médias d’un groupe dont il est le premier actionnaire avec plus de 27% du capital.

Il faut dire que Bernard Arnault, son «ami», fait entendre qu’il a jeté son dévolu sur le JDD, Paris Match et même Europe 1, que Macron ne veut pas voir cédé à Bolloré. «On ne se fâche avec quelqu’un qui pèse 100 milliards», aurait déclaré l’industriel breton au think tank Entreprises et Cités, selon Le Monde du 4 novembre.

Vivendi confirme néanmoins son intérêt pour la presse en entrant en négociations exclusives pour racheter Prisma Media à Bertelsmann. Le prix de l’acquisition, attendue avant la fin du premier trimestre, est estimé entre 100 et 150 millions d'euros, alors même que le dossier circulait il y a deux ou trois ans pour une valorisation double, voire triple. Le magnat breton donnera ensuite sa feuille de route à Prisma en tenant compte d’une clause de cession sans doute copieuse, compte-tenu de sa mauvaise réputation auprès des rédactions, depuis la grève de CNews.

Rapprochements

Le 14 décembre, les 1050 salariés réunis en visio ont toutefois entendu de leur PDG, Rolf Heinz, très ému, que « Vivendi souhaite investir dans les projets de développement, la complémentarité et la force de nos marques ». Fort d’un management taillé sur mesure pour la presse avec Arnaud de Puyfontaine, président du directoire du groupe et ancien patron de Mondadori et Michèle Benbunan, DG d’Editis et ex-présidente de Presstalis, Vivendi aura à cœur de multiplier les synergies et à jouer la complémentarité. Prisma et Canal pourraient ainsi combiner des rapprochements entre Geo et Planète+. Et Editis écrire une page commune avec les publications de Prisma. Mais quelles seront les marges de manœuvre de la presse TV par rapport aux chaînes et au programmes du groupe Canal+ ? Capital pourra-t-il traiter de Bolloré ou d’Universal en toute liberté ? Les rédactions s’en inquiètent. D’autant que l’affaire Sébastien Thoen, évincé de Canal après un sketch ridiculisant Pascal Praud, rappelle que Vincent Bolloré exige une fidélité à toute épreuve aux intérêts de son groupe.

Le plus gros défi de l’industriel est désormais de relancer la Ligue 1 sur Canal+ pour un prix inférieur aux 810 millions d’euros annuels payés par Mediapro. Canal verrait alors de nouveau sécurisé son pilier « foot ». Bolloré peut compter pour cela sur Maxime Saada, le patron de Canal, et sur Arnaud de Puyfontaine, fort d’une expérience de l’international - c’est lui qui suit les affaires en Italie où la justice enquête sur les participations de Vivendi dans Telecom Italia (23,4%) et Mediaset (28,8%). Présent dans la musique (Universal), la télé (Canal+), la communication (Havas), les jeux (Gameloft) et les livres (Editis), Bolloré s’apprête ainsi à étoffer, via Vivendi, sa branche médias. Ira-t-il jusqu’à lancer une OPA sur Lagardère ou à reprendre des pans entiers d’Hachette ? Il veut être en tout cas le grand champion des médias en France.

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