Radio
Les salariés de la station du groupe Lagardère, dont l'actionnaire principal est désormais Vincent Bolloré, s'élèvent contre les passerelles avec CNews. Ils craignent pour la ligne éditoriale et la pluralité de l'antenne.

« On nous crache à la gueule », lance une jeune femme, dégoutée, devant l'immeuble d’Europe 1, dans le 15e arrondissement de Paris. Ce lundi 21 juin, elle est entourée d’une trentaine de journalistes de la station, après une nouvelle assemblée générale. La grève votée vendredi 18 juin est reconduite avec 98 votes pour et 3 contre. Avant de l'être encore le lendemain. Une grève générale inédite pour la station sexagénaire. Les syndicats dénoncent « un management autoritaire et inadapté, à l’œuvre à Europe 1 depuis plusieurs années, qui se durcit au fur et à mesure que se précise l’emprise de Vincent Bolloré ». La menace de mutualisation des antennes avec CNews, propriété de Vivendi, mobilise les équipes. Comme la peur de devenir une « radio d'opinion». Et d'être sous le joug de sanctions voire de licenciements en cas de non respect d'une ligne univoque excluant même l'humour, jugé déloyal, comme l'a montré l'affaire Sébastien Thoen à Canal+. 

 

Équipes de secours
La mise à pied de Victor Dhollande, journaliste qui a signalé en AG qu’un salarié des relations humaines enregistrait discrètement la réunion, a mis le feu aux poudres. Les journalistes veulent sa réintégration. Et la possibilité de disposer d’une clause de conscience pour quitter l’entreprise, qui possède un statut d’agence de presse.

« C’est très violent ce qui se passe », avoue une figure de l’antenne. La matinale du 21 juin a été réalisée avec des équipes « de secours » car 72 % des titulaires au tableau de service étaient en grève. Côté RH, le chiffre de 21% de grévistes sur un effectif global de 300 personnes est avancé. Les syndicats avaient proposé un compromis : diffuser les sujets enregistrés mais signaler la grève à l'antenne. Les diffusions ont eu lieu, sans un mot... jusqu'à l'allusion de Nicolas Canteloup à 8h45.

« On dit aux auditeurs que toutes les équipes sont au travail, c’est un mensonge. C’est une honte absolue. On est dans la malhonnêteté intellectuelle comme s’il ne se passait rien à Europe 1 », martèle Olivier Samain, délégué SNJ.

 

« Énorme provocation »

Les salariés veulent un entretien avec Constance Benqué, la présidente de Lagardère News (Europe 1, JDD et Paris Match). Mais voilà que la nouvelle fuse. « Le Figaro annonce la grille de rentrée. Laurence Ferrari sera à l’antenne de CNews et Europe 1 de 17h à 19h puis de 19h à 20h sur Europe 1. Louis de Raguenel devient chef du service politique ».

La nomination de ce cadre de Valeurs Actuelles comme chef du service politique avait suscité un tollé à l’automne avant qu’il ne soit rétrogradé adjoint de Michaël Darmon. Enfin, Dimitri Pavlenko, journaliste de Radio Classique et intervenant régulier aux côtés d'Eric Zemmour sur CNews prendrait la place du matinalier Matthieu Belliard. La grille, ainsi exposée par Arnaud Lagardère, fait l'effet d’une bombe. « On est en AG et ils lancent ça. C’est une honte », s’indigne une jeune femme. « C’est une énorme provocation et le mot est faible », lâche Olivier Samain. La troupe se dissipe. Rendez-vous pour le lendemain en AG. Une demi-heure plus tard sort Constance Benqué, tout sourire. Un délégué syndical souligne : « C’est une femme très agréable humainement ». « Je n’ai rien à dire, je suis là, et je dirige cette entreprise », glisse-t-elle en s’échappant. Mais dans quelle direction ?

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