Le quotidien régional La Provence, qui s’est mis en grève contre la suppression de 30 postes de journalistes, met en avant son plan «de redémarrage».

Par un vote à 51 %, après quatre jours d’arrêt de travail, les 185 journalistes de La Provence ont mis fin à leur grève, lundi 20 novembre, pour protester contre la suppression de 30 postes à la rédaction dans le cadre d’un plan qui prévoit de supprimer 61 emplois sur 610, soit 10 % des effectifs. S’ils restent mobilisés, les syndicats ont d’ores et déjà obtenu le maintien de deux agences locales, à Orange et Carpentras, le retrait du projet d’organisation et une discussion sur la répartition et les dates des 30 départs qui, eux, restent maintenus.

Dimanche 19 novembre, l’intersyndicale, avait pointé les « promesses non tenues » du repreneur, après un rachat à prix d’or (81 millions d’euros), fin août 2022. Selon Gabriel d’Harcourt, directeur général du quotidien, CMA-CGM l’a emporté face à Xavier Niel en s’engageant et « à ne pas procéder à des départs contraints ».

C’est donc à travers un accord de Gepp (gestion des emplois et des parcours professionnels) qui vise à accompagner des métiers dans leur transformation qu’il compte arriver à un allègement de masse salariale. Sur les 60 CDD recrutés pour remplacer les 64 départs survenus lors de la clause de cession, seuls 34 seront titularisés en CDI. « Si on ne le fait pas dans le marché qui est le nôtre et dans un contexte de bouleversement du modèle économique, on court droit dans le mur », prévient-il. Le groupe La Provence a perdu 12 millions d’euros en 2022 pour un CA de 50 millions, et s’apprête à afficher une perte de 9 millions d’euros en 2023. En cinq ans, le titre a vu sa diffusion France payée décliner de 23 %, pour atteindre 65 912 exemplaires en 2022-2023, et son chiffre d’affaires publicitaire a fondu de moitié.

Le projet « de redémarrage » du patron vise donc d’abord à identifier, dit-il, « les métiers émergents, qui vont prendre une part croissante dans nos activités, les métiers stables, les métiers en transformation et les métiers sensibles qui ont moins d’avenir de par l’évolution de la technologie et du marché ». Discutée avec les partenaires sociaux, la Gepp permettra ainsi d’organiser les formations et la mobilité interne nécessaires. Ensuite, il entend développer « trois axes » en faisant de La Provence une référence en matière de qualité éditoriale, en innovant à travers « de nouveaux produits, de nouvelles technologies et de nouveaux types de ressources publicitaires », et enfin en développant « un engagement sociétal pour le développement de la région », qui passe par des événements en interne ou via des partenariats.

CMA-CGM, qui s’était engagé à renouer avec l’équilibre à la fin 2026, souhaite accélérer le calendrier de deux ans, à la fin 2024. « La situation déficitaire s’est avérée supérieure à ce qui était prévu », précise Gabriel d’Harcourt. Le repreneur a injecté 38 millions d’euros dans les comptes, rappelle-t-il, dont 5 millions d’investissement digital qui a déjà permis de faire croître le site de 30 % en pages vues et de 10,8 % en audience print et digital, selon One Next. Si la transformation numérique est clé, notamment via la vidéo, le papier n’est pas oublié. La Provence sortira en janvier un magazine dédié à l’OM, il déménagera la rédaction du quotidien dans le centre de Marseille et mettra en route une coentreprise d’impression dans le Var avec Nice-Matin attendue pour l’automne 2025.

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