Grand Prix Stratégies de l’innovation média 2024

Avec cette série inspirée de l'affaire dite du « violeur de la Sambre », inédite dans son sujet comme dans sa forme, France Télévisions s’est offert bien plus qu’un succès d’audience. Il remporte le Grand Prix Stratégies de l’innovation média.

En novembre 2023, France 2 créait l’événement en diffusant une mini-série librement inspirée d’un fait divers hors norme, l’histoire du « violeur de la Sambre », qui a sévi dans le nord de la France pendant trente ans, faisant des dizaines de victimes. À l’origine de la fiction, Alice Géraud, journaliste et autrice de l'ouvrage Sambre : radioscopie d’un fait divers (JC Lattès). Sa rencontre avec Matthieu Belghiti, gérant de What’s Up Films, a été déterminante.

« J’ai été absolument bluffé par l’histoire qu’elle racontait, une histoire dont je n’avais jamais entendu parler alors qu’elle est énorme, par la façon dont elle en parlait et aussi par son profil de journaliste qui avait enquêté sur cette affaire », se souvient le producteur. « Le potentiel de l’histoire nous a saisis, confirme le réalisateur et producteur Jean-Xavier de Lestrade. Il y avait là quelque chose d’exceptionnel. Cependant, c’était une affaire qui s’est déroulée sur trente ans et ça, c’est un vrai défi en termes d’écriture, car le projet n’est intéressant que si on traite les trente années mais dans une mini-série de six épisodes, c’est extrêmement difficile. » Il faut alors trouver la meilleure manière de rendre compte de toute l’histoire, en moins de six heures.

Une forme singulière

Un long travail d’écriture est entrepris, en collaboration avec le scénariste Marc Herpoux, avec dès le début la volonté de ne pas s’engager dans un récit classique mettant en scène d’un côté la police, de l’autre le prédateur. « Au vu du nombre de victimes, une histoire comme celle-ci traverse toutes les strates de la société, note Jean-Xavier de Lestrade. Il y a la sphère policière, mais aussi les sphères juridique, politique et scientifique avec l’évolution des techniques d’enquête et des connaissances. »

Le choix est donc fait de centrer chacun des six épisodes sur un personnage. « Chaque personnage incarne un pan de la société (la victime, la juge, la maire...) et en même temps, entre deux épisodes, on a pris la liberté de faire des ellipses de cinq à sept ans, ce qui pour une série n’est vraiment pas banal », poursuit le réalisateur. Au casting, des acteurs reconnus – Alix Poisson, Noémie Lvovsky, Clémence Poésy – convaincus de l’importance du projet. « Sur cette série, j’avais envie de travailler avec des comédiens qui sont aussi des citoyens, des gens qui sont impliqués dans la cité et qui ont envie de défendre certaines valeurs », indique Jean-Xavier de Lestrade.

Un diffuseur engagé

C’est vers France Télévisions que producteurs et scénaristes se tournent pour la diffusion de cette véritable radiographie de la société française, de l’évolution des consciences au fil de trois décennies. « Pour nous, c’était une évidence que la série devait être diffusée sur France Télévisions, et c’est la seule chaîne que nous sommes allés voir, explique Matthieu Belghiti, car c’est une vraie mission de service public de raconter cette histoire, d’avoir une réflexion dessus. »

Le groupe est d’ailleurs convaincu immédiatement, et le montre concrètement. « En tant qu’auteurs, nous avons eu une très grande liberté éditoriale, raconte Jean-Xavier de Lestrade. Si la forme était audacieuse, c’est aussi parce qu’on nous a laissés être audacieux. »

L’engagement de France Télévisions se reflète aussi dans sa stratégie de communication autour de la série, portée par un plan média conséquent (affichage, print, radio), des bandes-annonces spécifiques pour chaque personnage diffusées très en amont et la disponibilité de tous les épisodes sur France.tv dès son lancement, permettant à la série de rencontrer un large public. Début 2024, celle-ci avait été vue plus de 6,4 millions de fois sur la plateforme. « C’était le bon moment pour faire Sambre, on sent qu’il y a une résonance dans la société, conclut le réalisateur. France Télévisions a mis les moyens et à partir de là, ça a touché énormément de gens. »

« Une série magistrale portée par son diffuseur »

Samantha Schmitt, membre du jury et directrice des marques chez Altice Media Ads

« La série est innovante par sa réalisation, sa narration, son chapitrage. Et surtout, à travers les trente ans racontés, c’est presque une série documentaire sur l’évolution de la prise de conscience du viol par la société, elle a une véritable portée pédagogique. Mais ce que le jury a également regardé, c’est l’investissement du diffuseur. Six épisodes, un gros casting, un grand réalisateur, pour une chaîne de télévision, ce n’est pas anodin. France Télévisions a de plus mis en place un plan de communication conséquent. C’est une série magistrale mais aussi un diffuseur qui l’a portée et qui lui a permis d’avoir un maximum de visibilité. »