Audiovisuel

Les fictions des séries s’alimentent de plus en plus dans la réalité historique ou sociale pour nourrir les multiples plateformes.

Le Monde de demain a reçu le 25 mars le Grand Prix du festival Séries Mania des mains de la présidente du jury, la productrice ukrainienne Julia Sinkevych. L’œuvre est révélatrice des nouvelles pratiques des créateurs de séries. Racontant l’histoire d’un duo mythique, Kool Shen et Joey Starr, les leaders de NTM, elle revient sur l’origine d’une vague culturelle – le rap français. Ses réalisateurs, Katell Quillévéré et Hélier Cisterne, ont eu l’idée d’aller puiser dans l’histoire d’une référence générationnelle pour convaincre à la fois Arte et Netflix, nouveau financier de la création audiovisuelle française depuis qu’il s’est engagé à y investir 160 millions d’euros par an.

Sur Disney+, lui aussi acteur de la SVOD, une autre référence issue du réel avec Oussekine, mini-série en quatre épisodes d’une heure qui a fait appel au scénariste Julien Lilti (Hippocrate) et au réalisateur et auteur Cédric Ido (La vie de château) pour relater la mort de l’étudiant Malik Oussekine lors de la répression policière des manifs de 1986. Sur OCS, c’est cette fois l’histoire vraie de la corruption dans la police de Baltimore qui sera au menu de We Own This City, dès le 25 avril.

La pandémie n’est pas une obsession des scénaristes. Mais le réel, si.  Si la saison 2 d’En Thérapie – d’abord sur Arte.tv dès le 31 mars - se sert du covid comme d’une toile de fond, c’est rarement le cas des autres séries. Dans Station Eleven, on retrouve bien une épidémie apocalyptique sur HBO Max (plateforme sans doute en France en 2023), mais c’est l'histoire des survivants d'une grippe dévastatrice. Côté séries médicales, on retrouve sur Canal+ un médecin plein d’humour avec Ben Whishaw, dans This is going to hurt, d’Adam Kay pour la BBC. L'histoire est aussi tirée de l’expérience d’un médecin confronté aux manques de l’hôpital public, qui se plante et pleure dans les vestiaires.

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« Le divertissement rapproche les gens alors que le monde est de plus en plus fragmenté », a souligné, à Lille, Wale Gbadamosi-Oyekanmi, fondateur de Dare.Win. On le voit sur Netflix avec la série Drôle de Fanny Herrero, la réalisatrice de Dix pour cent, sur le monde du stand-up avec quatre jeunes en quête de gloire, à Paris, entre vannes et émotion. Mais la réalité rattrape la fiction. Dès le 5 avril, sur OCS, Sentinelles traite de l'opération Barkhane. Les auteurs d’un Village français, Thibault Valetoux et Frédéric Krivine, y suivent le quotidien de jeunes soldats français traquant les terroristes islamistes au Mali.

Selon une étude de Glance/Nota, on trouve parmi les grands succès récents à l’étranger Taxi drivers, une série coréenne sur une société secrète qui veut corriger l’injustice sociale, ou la brésilienne Aruanas, qui montre des activistes écolo en lutte avec une compagnie minière. En Colombie, Turbia s’intéresse à la partition d’une ville entre riches qui ont accès à l’eau et pauvres qui en sont privés. Et parmi les découvertes sur la fiction-réalité, une remarquable production s’annonce avec The Report, série allemande de Ben Von Rönne, qui raconte les six premiers mois d’enquête après l’assassinat au Liban de Rafiq Hariri en 2005.

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