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Pour sa septième édition, AKAA, la foire dédiée aux scènes artistiques d’Afrique et de ses diasporas en France, a reçu de nombreux artistes au Carreau du Temple du 20 au 23 octobre derniers. Parmi eux, le Franco-Ivoirien Willow Evann a présenté une exposition mélangeant réalité virtuelle et NFT.

Ce jeudi 20 octobre, il ne fallait pas se promener sans parapluie dans la capitale. Avec l'orage qui a gagné Paris, les visiteurs se sont dépêchés d’entrer au Carreau du Temple. Cet immense espace de 1 800 m2 accueillait pour la septième année l’Aslo Known As Africa (AKAA), cette foire dédiée aux scènes artistiques d’Afrique et de ses diasporas en France. À l’intérieur, plus de 130 exposants sont présents pour faire admirer leurs œuvres : de la peinture, de la sculpture, et même de la mode. Tous sont réunis pour mettre à l’honneur l’art contemporain africain. À travers les stands se trouve Willow Evann, un artiste pluridisciplinaire originaire de la Côte d’Ivoire et représenté par Neuvième Toit, un collectif de créateurs francophones. Également danseur et photographe, le plasticien a présenté pour la première fois ses travaux en collaboration avec la galerie 31 Project Paris ainsi que les agences NFT4All et Makom. Son exposition « Africa Art is Non Fungible » (AAN9F), située à quelques pas de l’entrée principale, est un peu particulière puisqu’il s’agit d’un mélange de mondes réel et virtuel.

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Avant d’entrer dans son univers, un hologramme sur le côté est accroché sur le mur, où l’on peut observer le résultat de ses œuvres en jeton non fongible (NFT). Un travail de près de huit mois. Habillé d’un costume blanc, Willow Evann fait la visite de son exposition. « Bienvenue dans mon monde », commence-t-il. Il se dirige vers sa première création, Zaouli. « Ces trois tapis représentent des masques ancestraux d’une danse Gouro – population d’Afrique de l’Ouest de langue mandé-sud établie principalement au centre-ouest de la Côte d’Ivoire – qui date des années 1950. Cela m’a vraiment choqué de voir des masques ancestraux se retrouver dans des danses de cette époque. Ce que j’ai compris, c’est qu’il y a eu une déspiritualisation pendant la colonisation et les personnes ont créé ces danses pour continuer à transporter leur culture et vénérer à leur manière leur esprit, tout en continuant à faire perpétuer leur spiritualité même si ce n’était devenu qu’un divertissement. »

Au centre, la femme Gouro est représentée avec des scarifications et les dents limées. Autour d’elle, des animaux la rattachent à la nature. À droite, le père. « C’est une sorte de créature anthropomorphe qui a une tête de léopards et des cornes de gazelle. Enfin, il y a la fille qui est la Lou, un mix des deux où l’on retrouve les cornes de son père et le visage et la beauté de sa mère », poursuit Willow Evann. « C’était important pour moi de travailler sur la réappropriation et sur la recherche de cette spiritualité. J’ai décidé d’en faire des tapis parce que pour moi, c’est un objet ornemental que l’on aime, mais sur lequel on n’hésite pas à marcher. C’est une analogie avec la danse qui est quelque chose de divertissant, mais dans lequel on occulte le sacré. » Mais Zaouli ne s’arrête pas à des tapis. Le danseur s’équipe de sa tablette et la passe sur ces personnages qui s’animent en NFT.

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L’exploration se poursuit avec Google Noir, un grand carré en bois rempli lui-même d’autres carrés de ce matériau naturel. « Je me suis questionné sur la représentation des hommes noirs qui évoluent dans l’espace occidental. Comme je suis un enfant du digital, mon premier réflexe a été de taper sur internet "homme noir" et j’ai récupéré les résultats sur le moteur de recherche. La plupart pour la grande majorité sont des images péjoratives, et donc j’ai décidé de créer le Google Noir qui serait un anti-Google avec des images mélioratives d’hommes noirs évoluant dans l’espace occidental à travers les âges. » 225 blocs représentent 225 personnalités vendues en NFT, que l’on peut découvrir en scannant un QR code à côté de l’œuvre, ou en s’équipant du casque VR qui nous emmène dans une réalité augmentée. Leur prix commence à 0,5 ethereum, soit environ 600 euros. Parmi les acheteurs, deux se verront offrir un séjour de trois jours au Cap Vert.

« Je l’ai imaginé avec différents niveaux de lecture, en m’inspirant de la réalité virtuelle pour avoir l’illusion d’avoir un espace pixélisé dans le monde réel. De loin, ces cases semblent parfaites, et plus on s’en rapproche, plus on se rend compte qu’elles ne le sont pas. Il y a des reliefs, des aspérités, des lignes de vie du bois… Tout cela montre la multiplicité des caractères et des personnes noires qui évoluent dans l’espace occidental », pointe Willow Evann. Le choix du bois a été une évidence pour le danseur qui le justifie par le fait que « la connotation de bois revient souvent quand on parle des hommes noirs, par rapport à leur couleur ébène ou bien pendant l’esclavage parce qu’ils étaient vendus comme du bois, comme un meuble. J’ai donc voulu reprendre ces connotations péjoratives pour en faire quelque chose de plus positif. »

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Sa dernière création s’intitule Tiraillés, et comme pour la précédente, Willow Evann a réalisé une création carrée en bois. « Je me suis inspiré du mouvement de la mémoire des combattants africains et des tirailleurs sénégalais. Je suis parti du digital en collectionnant des images que j’ai remises en physique en les transformant en Polaroïd, de façon à ce qu’elles soient ancrées dans le bois. C’était vraiment pour marquer la mémoire des oubliés, d’où le fait qu’il reste des carrés vides. » L’artiste passe ensuite sa tablette face à l’œuvre où l’on voit des vidéos s’animer. Pour l’auteur de l’exposition AAN9F, ce n’est que le début, la prochaine étape l’attend à Abidjan aux côtés de Neuvième Toit lors du Forum du Luxe, où ils animeront un volet NFT en lien avec le secteur du luxe en Afrique.

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