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Les professionnels de la communication sont-ils responsables du réchauffement climatique ?

04/11/2021 - par Thierry LIBAERT, Collaborateur scientifique & Conseiller Earth & Life Institute / Fondation Nicolas Hulot

Retrouvez Thierry LIBAERT lors de la conférence Tendances Communication le mardi 23 novembre 2021 à Paris en présentiel ou en distanciel. Organisée par Comundi avec l’expertise de Stratégies Formations

Thierry LIBAERT, Collaborateur scientifique & Conseiller, Earth & Life Institute / Fondation Nicolas Hulot, et intervenant lors de la conférence Tendances Communication, met en relation le réchauffement climatique avec nos méthodes de communication modernes. Comment la communication influe-t-elle sur le réchauffement climatique ? Réponse dans cette interview exclusive.

 

En quoi les professionnels de la communication sont-ils en partie responsables du réchauffement climatique ?

Je vois trois raisons :

D’abord parce que la communication a notamment pour fonction la vente de produits et services et que cela entraîne des émissions de gaz à effet de serre.

Ensuite, de manière plus indirecte, parce que la communication des entreprises, particulièrement par les publicités, nous projette un imaginaire du bonheur par la consommation. Cela pose question au moment où l’on s’interroge sur une sobriété davantage compatible avec les impératifs de la transition écologique.

Enfin, parce que les messages publicitaires dont on estime la diffusion entre 400 et 3 000 par jour entrent en conflit direct avec les messages nettement moins nombreux de sensibilisation à la lutte contre le dérèglement climatique.

 

Comme le rappelait récemment le Conseil de l’Ethique Publicitaire dont je suis membre, il ne s’agit pas de stigmatiser le rôle de la communication et faire de la publicité un bouc émissaire, il s’agit essentiellement de faire en sorte que les communicants s’interrogent sur leur responsabilité face aux enjeux du dérèglement climatique et de l’érosion de la biodiversité ; c’est cela la communication responsable.

 

Quels sont vos combats actuels ?

Deux sont liés à mes fonctions de conseiller au Comité Economique et Social Européen où je suis le coordinateur de la délégation française. J’ai été désigné rapporteur de deux avis, l’un pour combattre la désinformation en Europe, notamment en luttant contre sa monétisation. On estime ainsi que 400 millions d’Euros sont dépensés chaque année en Europe grâce à des publicités investies sur des sites de désinformation. C’est un gaspillage assez incroyable. En France, les grandes associations comme l’Union des Marques ou l’AACC sont bien sensibilisées, mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans l’Union Européenne.

Mon deuxième avis porte sur le sujet de la publicité responsable en lien avec les enjeux climatiques que nous évoquions. Je ne voudrais pas que la France se retrouve dans une position isolée et je cherche à ce que les engagements portés en France par la filière communication puissent être portés également au niveau européen.

Enfin, comme ancien professeur des universités en sciences de la communication, je suis souvent effaré par la tonalité du discours écologique que je trouve incantatoire, contraignant, alarmiste, technique, distancié et j’essaie de persuader mes amis écologistes de faire évoluer leur discours. Le fait que mon dernier ouvrage « Des vents porteurs » qui traite de ce sujet vienne de remporter le prix 2020-2021 du meilleur livre d’Environnement me rend plutôt optimiste.

 

Que conseillez-vous aux professionnels de la communication pour avoir un impact positif sur notre planète ?

D’abord, de prendre conscience de leur responsabilité. Pour avoir discuté avec de nombreux publicitaires, j’ai trop souvent ressenti un sentiment d’irresponsabilité. Parce que la publicité ne serait qu’un reflet de son époque, parce que les consommateurs seraient suffisamment intelligents pour décrypter les messages, beaucoup sont encore persuadés qu’ils exerceraient une mission qu’il ne faudrait pas remettre en cause.

Ensuite, et cela est lié au point précédent, de s’informer réellement sur les enjeux du climat, de la santé environnementale, de la biodiversité, de la déforestation. Il est nécessaire d’avoir une bonne connaissance de la situation environnementale pour communiquer de manière la plus adaptée.

S’informer sur la manière de repenser son métier et sa contribution sociétale. Le travail effectué par l’Union des Marques et Entreprises pour l’Environnement sur les imaginaires développés par la communication me semble exemplaire. Le Guide de la Communication Responsable de l’ADEME me semble une bonne lecture à conseiller.

Enfin et c’est ce qui m’a le plus surpris dans mes rencontres et travaux, le milieu de la communication me semble trop fermé sur lui-même. Lors des débats sur le volet Publicité de la loi Climat, il n’y a pas eu un seul débat entre les professionnels de la communication et les ONG environnementales. Créons des occasions de dialogue, créons de vraies assises de la communication responsable, instaurons des conseils de parties prenantes dans les grandes agences de communication. N’oublions jamais que la communication est d’abord un métier d’écoute.

 

Retrouvez Thierry Libaert lors de la conférence Tendances Communication le mardi 23 novembre à Paris ou en visio-conférence. Découvrez le programme ici.

 

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