TRIBUNE

[Tribune] La mise en retrait de Noël Le Graët de la présidence de la FFF est intervenue après le déferlement de réactions en ligne suite à ses propos sur Zinédine Zidane, preuve que Twitter est encore le nid de toutes les influences.

Si l’année 2022 s’est achevée sur bien des interrogations quant à l’avenir de Twitter après son rachat par Elon Musk, le premier mois de l’année 2023 a confirmé que l’oiseau bleu reste indétrônable quand il s’agit de mobiliser l’opinion et faire bouger les lignes. Dernier exemple en date : le royaume du football français, et son roi déchu Noël Le Graët, «mis en retrait» il y a quelques semaines de ses fonctions à la tête de la FFF.

Une capacité intacte à faire irruption dans l’actualité

L’encombrant président de la fédération française de football nous a habitués de longue date aux polémiques diverses sur les sujets éthiques et sociaux, et n’a pas privé les syndicats et associations de réclamer sa démission. La plus grave d’entre elles fut, évidemment, les révélations de l’automne 2022 dans la presse sur les accusations d’abus sexuels, de chantage et de harcèlement à la FFF, qui ont conduit à un audit en cours par le ministère des Sports, mais aussi à une campagne médiatique plus vaste sur le thème du départ de Noël Le Graët.

Ce qui a pourtant poussé le Comité exécutif de l’organisme à acter une telle décision le 11 janvier dernier, c’est le déferlement de réactions en ligne, né sur Twitter, qui a suivi les propos méprisants de Noël Le Graët à l’égard de Zinédine Zidane. Cette capacité à créer l’onde de choc est le propre de la plateforme : les tendances qui gonflent et multiplient les commentaires de manière exponentielle fragilisent durablement et profondément ceux qui en font l’objet. Ce n’est pas la pression médiatique traditionnelle et tous ses bons arguments qui a fait tomber Noël Le Graët, mais Twitter, et la «petite phrase» de trop qui a rendu tout retour en arrière impossible.

Ce phénomène, dont le risque reste difficile à anticiper et quantifier pour les corporations, est encore trop souvent l’angle mort des stratégies de communication de crise focalisées sur les grands médias. Et quand elles s’en emparent, il est déjà trop tard.

L’authenticité et la spontanéité, toujours au centre du jeu

C’est d’ailleurs sur Twitter que s’est exprimée la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castera, à rebours de tous les codes de la communication institutionnelle avec une fédération sportive. Il est aussi intéressant de noter que le coup de grâce est venu de Kylian Mbappé, qui a défendu la «légende» du football dans un tweet désarmant de sincérité et de spontanéité. À ceux qui pouvaient encore croire que l’impact des réseaux sociaux sur le football se limitait aux commentaires excités ou amusés les soirs de match et aux photos des coulisses des sportifs sur Instagram, Kylian Mbappé prouve que Twitter est, plus que jamais, la social place où les plus grands sportifs, conscients du symbole qu’ils incarnent, prennent part publiquement et franchement aux débats institutionnels qui touchent leur écosystème.

C’est pour cela que Twitter demeure l’agora de référence, dans laquelle on se rue pour écouter ce qui se raconte et pour porter son message. À l’heure où nombre de personnalités, d’entreprises et de simples utilisateurs se demandent quel est l’avenir de Twitter, cet épisode propose une réponse pragmatique : quelles que soient les errances politiques à la tête de l’outil, Twitter reste le nid de toutes les influences.

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