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Chronique

L’office blues nous guette-t-il tous ?

08/09/2021 - par Martin Piot, vice-président de W

Si le baby blues apparaît après neuf mois de grossesse, l’office blues, lui, a demandé 18 mois de gestation et une sévère pandémie. La sphère médiatique s’enflamme. En ce mois d’août où les amours de Jennifer Lopez devraient davantage occuper nos lectures que le retour au bureau en présentiel, il ne s’écoule pas une semaine sans qu’un article ou une émission sur une chaîne d’information en continu ne nous interroge sur le sujet… avec une grande question : «comment bien aborder le retour au bureau en septembre ?». 
Aux États-Unis, un phénomène a pris de l’ampleur, celui de «rage quitting», une vague de démissions sans commune mesure. Pour certains travailleurs, la Covid a, semble-t-il, eu l’effet d’un révélateur de frustrations longtemps contenues et dont les digues explosent aujourd’hui.  
Dans l’hospitalité par exemple, comme le rappelait Sébastien Bazin récemment, il est de plus en plus difficile de trouver du personnel. Les conditions de travail (horaires décalés, travail le week-end, travail de nuit), auxquelles la majorité s’était habituée bon an mal an, sont devenues pour beaucoup inacceptables. Le confinement a favorisé une prise de conscience, la quête d’un meilleur équilibre de vie et la définition de nouvelles priorités professionnelles. Le «plus jamais ça» gagne du terrain. Dans ce contexte, les responsables des ressources humaines s’interrogent, voire s’inquiètent. Il semble nécessaire de remotiver un peu les troupes et de donner aux 30 % qui ne veulent plus quitter leur domicile d’excellentes raisons de revenir au bureau.  
Petit tour (léger) d’horizon. 
Aller au bureau est bon pour la santé. OK, métro boulot dodo, la ligne 9 et une heure et demie de trajet économisée par jour, ça change tout, mais à la longue le télétravail génère la sédentarité et avec elle toutes les pathologies liées au manque d’activité : stress, fatigue, surpoids… Le bureau c’est bien, parce que cela permet de rompre la routine de l’appartement et des journées en continu. 
Travailler seul conduit au surmenage. Les microcoupures quotidiennes au bureau vous paraissent contre-productives ? Eh bien détrompez-vous. Elles permettent au cerveau de se régénérer. Merci à l’anthropologue Rahaf Harfoush de souligner que notre cerveau n’est pas adapté au travail non-stop et que les pauses à la machine à café font du bien à notre créativité, mais aussi et surtout à notre équilibre.  
Aller au bureau permet de préserver une part de mystère (dans sa sphère privée). Pour beaucoup, la crise sanitaire a été l’occasion de voir pour la première fois son conjoint travailler, de l’entendre parler à ses boss, et parfois de lui découvrir un nouveau visage très éloigné de celui qu’on connaît en privé. Le monde du travail est alors trop invasif. L’arrivée bruyante de Josette de la compta dans notre cuisine via Teams n’est pas indispensable à la vie de couple. En plus ça casse la vision romanesque du monde du travail que peut avoir l’autre. D’ailleurs, pour 67 % des Français, le bureau doit être «un espace de vie privée hors de la famille» (YouGov, 2021). Qu’il le reste ! 
Travailler à plusieurs génère davantage de plaisir que travailler seul. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est à cause d’une hormone appelée ocytocine, à l’origine de la sensation d’amitié, d’amour, d’appartenance et de confiance mutuelle profonde. Cette hormone, nous ne la développons qu’en présence des autres ; ceux qui n’en développent pas une dose suffisante sont freinés dans la construction de relations solides. D’ailleurs, c’est sans doute parce qu’elle tourne à plein régime que c’est au travail que 14 % des gens rencontrent l’amour de leur vie (Ipsos, 2018) et que 93 % déclarent y bâtir de solides amitiés (étude OpinionWay, éditions Tissot, 2020). 
Le bureau atténue les disparités sociales. On ne va pas se mentir, le télétravail c’est mieux dans une longère en Normandie que dans un appartement en proche banlieue. Oui, le bureau met tout le monde sur un pied d’égalité, surtout depuis l’avènement du flex office qui a brisé la logique du «dis-moi quelle est la taille de ton bureau, je te dirai quelle fonction tu occupes».  
Le bureau est aussi un lieu de brassage, où l’on côtoie des personnalités différentes de sa sphère habituelle et donc enrichissantes. Les détracteurs du présentiel parlent parfois d’injonction à la sociabilisation, arguant du fait qu’ils n’ont pas envie de faire du «social» au bureau ; c’est inquiétant. La curiosité des autres et notre désir d’interactions sont notre bien le plus précieux. «L’homme est un animal social», disait Aristote. 
En bref, il faut retourner au bureau surtout et avant tout pour les autres, car les autres, cela fait du bien à soi et ce qui fait du bien à soi fait du bien aux entreprises.

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