Chronique

C’est la question qu’on me pose le plus en cette rentrée politique, au-delà même des jeux de pronostics auxquels je refuse de me livrer : « Sur quoi va se jouer la campagne ? ». Bien sur cette question est clé. On l’a souvent dit, le candidat qui impose son thème, celui qui arrive à inscrire sa priorité en haut de l’agenda de campagne, celui qui parvient à structurer le débat autour de son idée majeure est déjà bien parti. Cette règle est à nuancer. Bien sur, plusieurs vainqueurs de l’élection présidentielle en ont fait la démonstration, surtout quand ils n’affrontaient pas un sortant. Jacques Chirac en 1995 avec la fracture sociale, Nicolas Sarkozy en 2007 avec la valeur travail. Mais en 2002, ce sont les médias qui avec « Papy Voise » mettent la sécurité au centre des dernières semaines de campagne. 

Et quand on se replonge dans les archives et nos mémoires, on se souvient à l’inverse que François Mitterrand, avec talent, et François Hollande l’emportent d’abord en incarnant l’anti-giscardisme et l’anti-sarkozysme et en rassurant sur leur posture : « la force tranquille », et « le président normal ». Même si le cœur de leur discours porte la question sociale et la lutte contre les injustices, ce n’est finalement pas ce thème qu’ils imposent dans la campagne. 

La victoire d’Emmanuel Macron en 2017 se construit sur un autre récit. Le jeune ex-ministre de l’économie ne promet pas de changer la vie, simplement de changer la politique, avec deux cordes à son arc : le « en même temps » et le renouveau générationnel qu’il incarne. Mais là non plus, pas de thématique majeure, ni d’élément programmatique qui ferait la différence. À l’exception de la taxe d’habitation, la mémorisation de son programme est d’ailleurs faible. 

La campagne de 2022 pourrait ainsi ne pas trouver sa « thématique » centrale. D’abord parce qu’à l’exception du président sortant, tous sont confrontés à des concurrences internes ou périphériques qui les obligent d’abord à mobiliser leur socle électoral pour espérer triompher de leurs primaires ou distancer leurs proches rivaux pour se qualifier pour le second tour. Mobiliser son socle électoral, c’est convaincre qu’on est le mieux disant dans son camp sur le thème plébiscité par son camp. 

L'ombre de la covid

Ensuite parce que l’ombre de la crise covid restera très présente. Les enseignements en matière de santé, de souveraineté, et sur leurs arbitrages personnels pèseront sur l’ état d’esprit des français.  

Mais surtout parce que les fractures françaises rendent aujourd’hui complexes l’irruption d’un thème fédérateur. Il faut ici préciser un point essentiel à l’analyse. Ce n’est pas parce qu’un sujet apparait important pour tous qu’il devient un déterminant du vote pour chacun. Un électeur de droite peut qualifier l’environnement de question importante mais ne pas choisir son candidat sur cette question. Un électeur de gauche peut être inquiet en matière de sécurité, mais ne pas en faire son déterminant dans l’isoloir. Et quand on pose la question précisément sur les déterminants du vote, on retrouve la fragmentation des opinions : Les électeurs du RN font de l’immigration et de la sécurité leurs critères de choix. Ceux de droite y ajoutent l’économie. Les électeurs de gauche concentrent leurs attentes sur la question sociale et l’environnement. Les électeurs macronistes gagnés par le en même temps installent souvent au même niveau l’économie, l’environnement et la sécurité.  

Les fractures territoriales, sociales, qui minent la cohésion de la société auront donc aussi un impact direct sur la campagne : comment parler à tout le monde quand la fragmentation et la polarisation des opinions conduit à une atomisation des centres d’intérêts ? Comment parler de la France quand le consumérisme politique et la montée de l’individualisme génèrent d’abord une attente que l’on peut certes comprendre : que l’on me parle d’abord de moi, de ce que cela pourrait changer pour moi ? Dans ces conditions, il sera compliqué pour les stratèges des candidats de trouver le graal, l’axe fédérateur, la martingale victorieuse. Et il sera donc complexe de rassembler quand on n’a pas partagé, même pour le temps d’une campagne, une aspiration commune. 

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